2027. Toutes les grandes
métropoles du monde sont plongées dans le chaos. A Londres, l'armée est
partout présente dans les rues et mène une chasse implacable aux
clandestins. Les attentats se multiplient. Une nouvelle bouleverse un
jour la planète : Diego, 18 ans, vient de mourir. Sa caractéristique
était d'être le plus jeune habitant de la terre ! Car, depuis 2009, la
stérilité a frappé toutes les femmes, sans que les scientifiques en
comprennent la cause. Theo Faron (Clive Owen) est un jour enlevé par un
groupe "terroriste". Quelle n'est pas sa stupéfaction de reconnaître,
en la personne de la responsable, son ancienne compagne, Julian
(Julianne Moore). Elle lui demande d'user de ses relations avec Nigel
(Danny Huston), afin d'obtenir un laissez-passer pour une mystérieuse
jeune clandestine...
Un ciel couleur de plomb, un soleil qui pointe aux abonnés absents, une
ville devenue une gigantesque poubelle,des étrangers parqués comme des
animaux dans des cages grillagées, des soldats accompagnés de molosses
prêts à dévorer tous les humains qui passent à portée de leurs crocs...
Non, ce n'est pas le ghetto de Varsovie, mais la cité londonienne dans
moins de deux décennies ! Dès les premières minutes du film, le
réalisme est impressionnant. Loin des déserts ensoleillés d'Australie,
dans lesquels "Mad Max"
menait la chasse aux dégénérés d'après apocalypse, ou du futur aseptisé
de "Bienvenue à Gattaca",
le spectateur est plongé, d'emblée, dans l'apocalypse elle-même. Les
rues sont celles que nous fréquentons chaque jour. Les
visages hagards des gens sont ceux que nous croisons régulièrement. Les
appels incessants à la délation et le parcage des indésirables nous
rappelle de très sombres souvenirs pas très éloignés...
Dans un mélange de drame humain et de tragédie sociale planétaire, où
l'intensité énergétique et l'urgence des situations le
dispute à une maîtrise émotionnelle de tous les instants, l'atmosphère
s'alourdit progressivement, jusqu'à virer au cauchemar absolu. Les
enjeux et les motivations des différentes factions ne sont pas toujours
très clairs, mais au coeur de cet univers en voie de désintégration
complète, cette opacité devient presque opportune, renforçant encore,
si besoin était, l'impression d'une plongée inéluctable vers une
deshumanisation universelle. Pourtant, dans cette vision désespérée
d'un monde crépusculaire agonisant, surgissent, fugitivement, de
miraculeux instants de grâce (le soldat s'agenouillant devant le
passage de Kee (Claire-Hope Ashitey)). Tout juste peut-on regretter
qu'une grande partie du film fasse passer l'action, menée avec une
tension exceptionnelle et un sens du rythme sans faille, avant le
symbolisme profond qui est au coeur du scénario. Malgré cela, une
oeuvre majeure dont les images obsédantes s'impriment durablement, et
dont le dénouement, d'une sobriété extrême, est un modèle d'émotion
maîtrisée.