Alan
W. Hakman (Robin Williams) est un monteur video très particulier. Il
exploite, après la mort d'une personne, l'énorme fichier audio-video
qu'a enregistré, tout au long de la vie, l'implant organique
indétectable "Zoe" qui était inséré en lui. De la sorte, la famille du
défunt peut visionner, sous forme de film, les moments "choisis", beaux
et inspirants, de la vie passée de celui qui était peut-être la pire
ordure ! Alan, considéré comme le meilleur dans sa profession, est
contacté par la femme de Charles Bannister, Jennifer (Dtephanie
Romanov), pour établir la video projetée aux funérailles. Mais un
ancien monteur, Fletcher (James Caviezel), offre à Alan une énorme
somme pour récupérer le fichier de Bannister. Alan refuse...
Voilà sans conteste une idée scénaristique originale,
fascinante, qui frôle le génie, tant les ouvertures morales,
psychologiques, ou même purement événementielles qu'elle peut générer
sont d'une richesse fantastique. Et l'histoire commence avec des atouts
de grande qualité : une conception mi-futuriste, mi-passéiste, qui ne
sacrifie aucunement au spectaculaire ou au clinquant superficiel ; une
atmosphère crépusculaire, étouffante, morbide, qui est en osmose
parfaite avec le travail d'outre tombe d'Alan ; et un Robin Williams
qui a troqué le léger et l'esbroufe pour se couler dans une incarnation
marmoréenne des plus inquiétantes. Le développement dramatique semble
conduit avec maîtrise, bien qu'un certain flou enveloppe la direction
principale du drame. Les thèmes de réflexion abondent : droit de regard
sur la vie d'autrui, manipulation des souvenirs, imbrication du vécu et
de l'imaginaire... Mais ils ne sont jamais écrasants vis à vis de la
conduite du récit. Donc, tout semble se présenter sous les meilleurs
auspices et le spectateur peut légitimement s'attendre à une
concentration des sentiers narratifs pour que surgisse l'apocalypse (au
sens propre du terme, à savoir "révélation") finale.
Hélas,
cent fois hélas ! Non seulement celle-ci n'a pas lieu, mais encore le
dernier tiers du film se disperse en affaiblissant les diverses
branches explorées, et surtout, le dénouement, abrupt, réducteur, loin
d'unifier les directions initiées par le scénario, casse
malencontreusement l'atmosphère oppressante en faisant retomber d'un
coup le soufflé de mystère et d'angoisse qui commençait à prendre
efficacement. Il y a de quoi rager, car, pendant la première heure, on
avait l'illusion qu'une grande oeuvre, angoissante, intelligente,
dantesque, allait se développer sous nos yeux... Au final, nous devons
malheureusement nous contenter d'une moitié de film passionnante et
d'une seconde qui part dans de multiples directions et se perd en
chemin...