Le Docteur Tom Creo (Hugh Jackman) est obsédé par les recherches
thérapeutiques qu'il mène sur un patient nommé Donovan, atteint
d'une tumeur cérébrale. Son espoir réside dans un composé obtenu
à partir d'un arbre mystérieux poussant en pays Maya. Il injecte le
produit et les effets sont spectaculaires. Mais ce ne sont pas ceux
qu'il attendait. Le patient semble rajeunir ! Tom est désespéré.
Non pour Donovan, qui "n'est" qu'un singe, mais pour sa
femme Izzi (Rachel Weisz), atteinte du même mal, et pour laquelle il
espérait un miracle. La jeune femme semble pourtant sereine. Elle
confie à son mari un livre inachevé, qu'elle vient d'écrire.
L'histoire se déroule en Espagne, pendant l'Inquisition. Elle demande
à Tom d'écrire lui-même le dernier chapitre...
Difficile de résumer une construction aussi complexe, aux
ramifications vivancielles qui courent à travers l'immensité du
temps. Darren Aronofsky nous avait habitué, dans "Requiem
for a Dream" à une structure éclatée, à une
pulvérisation du récit en myriades de pièces explosives. D'une
certaine manière, il récidive ici, mais dans un contexte et un
référentiel totalement différents. Le spectateur est
perpétuellement ballotté, dans un équilibre (très) instable, entre
le monde physique quotidien, et un univers onirique mi-abstrait,
mi-réel, qui se confond avec le premier, en divers points, en
diverses circonstances, comme le feraient les espaces enchevêtrés
dans les théories de certains physiciens. A la fois conte initiatique
(l'espoir de la vie éternelle, le fantasme des âmes-soeurs, l'arbre
de la Vie du Jardin d'Eden...), folle passion d'amour, aventure
extra-temporelle, le parcours existentiel de Tom et d'Izzi défie
toute logique et brise toute rationalité. Leur histoire est un
croisement entre la quête hallucinée d'Aycha ("She" de
Rider-Haggard) et la traversée des âges vécue par le héros du
génial roman de Phylos, "J'ai vécu sur deux
planètes".
Bien que particulièrement sensible au thème de la réincarnation et
de l'éternelle conscience de l'âme (c'est, de façon très réduite,
le sujet de "Spirale
d'Amour" !...), j'avoue avoir éprouvé certaines
difficultés à entrer dans l'édifice narratif construit par le
réalisateur. Ou, plus exactement, à suivre, en état sympathique, le
cheminement des personnages à travers ces mondes aussi fascinants que
sibyllins. La création des visions galactiques, de cet arbre lové au
coeur de l'oeuf de la conception primordiale, effectuée à partir de
macro-photographies (un article très enrichissant est paru dans le
N° 133 de la revue "les Années Laser"), envoûte le regard
par la beauté magique qui jaillit comme une gerbe de vie inaltérée.
Mais, comme c'était le cas pour le finale énigmatique de "2001,
Odyssée de l'espace", ou pour les visualisations chamaniques
de "Blueberry", il est malaisé
pour le profane de ressentir une harmonie, une osmose émotionnelle,
avec ce qui est étranger à ses perceptions. Alors, il est facile de
trouver que le spectacle de Hugh Jackman, lévitant en position de
lotus à travers les galaxies, s'approche dangereusement de la
mystique de bas étage, pour ne pas dire plus. Quant au contenu
initiatique proprement dit, il s'approche beaucoup plus de mythes
ancestraux que d'une réelle connaissance des mondes subtils. Mais
bloquer son appréciation sur ces points serait regrettable,
tant la poésie qui se dégage de ces évocations, et la sincérité
émotionnelle qui baigne ce couple inaltérable, diffusent en
permanence une vibration éthérée à laquelle le cinéma ne nous a
guère habitués.
Bernard
Sellier
nard
Sellier