1794. Robert Walton (Aidan
Quinn), explorateur, est prisonnier des glaces du pôle nord. Il
découvre un jour un homme à bout de forces. Il s'agit de Victor
Frankenstein (Kenneth Branagh). Vingt ans plus tôt, à Genève, Victor
est le fils d'un brillant médecin. Sa famille recueille Elisabeth
(Helena Bonham Carter) dont les parents viennent de mourir. En 1793,
Victor, qui se destine à la médecine, est traumatisé par la mort en
couches de sa mère. Il se rend à Ingolstadt afin de poursuivre ses
études et fait la connaissance d'un étrange professeur, Waldeman (John
Cleese) qui avait commencé quelques années auparavant des travaux sur
la reconstitution de la vie, mais les avait interrompus, effrayé par ce
qui en émanait. Après la mort du savant, Victor décide de reprendre ses
travaux. Désormais, sa vie n'a plus qu'un but : créer la vie...
Ce grand classique de la littérature fantastique, écrit au début
du dix-huitième siècle par Mary, la toute jeune
femme du poète Shelley, a été maintes fois adapté au cinéma. La version
la plus mythique demeurant celle de James Whale, en 1931, avec la
présence de Boris Karloff dans le personnage de la "Créature". Kenneth
Branagh livre son adaptation dans laquelle nous avons la surprise de
découvrir en "monstre" un Robert de Niro méconnaissable. Il constitue
d'ailleurs le principal attrait de cette oeuvre crépusculaire
qui fait la part (trop) belle aux divers préparatifs et manipulations
de l'apprenti sorcier qu'est Frankenstein. Toute la première moitié du
film est consacrée à cette mise en chantier psychologique et matérielle
de la création. Et le temps paraît tout de même bien long, sans compter
que la vraisemblance ne peut être au rendez-vous.
L'intérêt primordial de l'histoire tient évidemment à l'analogie de
cette aventure individuelle avec celle de la création divine de
l'homme. A ce titre, la seconde moitié réserve quelques instants
(rares) d'émotion, qui naissent de ce désespoir vécu par la créature,
rejetée par l'auteur de ses jours ainsi que par les humains qu'elle
côtoie. Porteuse de sentiments et d'émotions exacerbées, elle oscille
entre amour passion et haine féroce, symbole charnel de la lutte
immémoriale du bien et du mal.
L'ensemble demeure tout de même lourd, noyé dans une pénombre
permanente, et, malgré la performance remarquable et sobre de Robert de
Niro, pas vraiment enthousiasmante. Très belle musique, (comme bien
souvent !), de Patrick Doyle qui a donné, dans ses collaborations avec
Kenneth Branagh réalisateur, quelques merveilles, telles "Beaucoup
de bruit pour rien"
ou, surtout, "Henri V".