Jimmy 'Popeye' Doyle (Gene Hackman) et son collègue
Buddy 'Cloudy' Russo (Roy Scheider) sont deux flics de la brigade des
stupéfiants de New York. Ayant suivi pendant quelques jours un petit
truand, Salvatore 'Sal' Boca (Tony Lo Bianco), ils sont persuadés qu'il
est sur le point de réceptionner une importante quantité de drogue en
provenance de France. Alain Charnier (Fernando Rey), un richissime
homme d'affaires méditerranéen, flanqué de son homme de main Pierre
Nicoli (Marcel Bozzuffi), arrive en effet par bateau, et prend contact
avec Sal. Une filature difficile commence pour les deux policiers afin
d'obtenir un flagrant délit...
Célèbre, un peu comme "Bullitt", sorti trois ans plus tôt, pour une
célèbre et haletante course poursuite entre la voiture de l'obstiné
Popeye et une rame de métro, ce film est surtout remarquable pour son
approche quasiment documentaire d'une enquête aussi difficile que
désordonnée et dramatiquement vaine. La psychologie des personnages est
réduite à sa plus simple expression. Seule compte l'efficacité, la
vraisemblance, la routine souvent peu spectaculaire (longues heures
d'attente à battre la semelle dans le froid, écoutes téléphoniques,
filatures...), la vie sans relief de flics dont la seule aspiration
vitale est de se montrer plus efficaces que les criminels qu'ils
traquent. Cela dit, ils sont fort loin de la brillance James Bondesque,
leur quotidien est pourri, leurs moyens dérisoires, et ils
s'apparentent bien plus à des dogues massifs, sauvages, acharnés sur
leurs proies, qu'à de fringants détectives contemporains environnés de
gadgets électroniques. Ici, nous sommes encore dans la préhistoire :
pas de téléphones portables, Internet n'existe pas, les repérages
satellites non plus ! Seuls comptent les heures de guet, les intuitions
plus ou moins fiables, les tuyaux des indics. Et, malgré cette basicité
des moyens, malgré le dépouillement scénaristique, ou plutôt, grâce à
leur utilisation efficiente, le film est captivant de la première à la
dernière image. Dégraissé de tous les ajouts superficiels que l'on
rencontre souvent, de digressions parasites, il se concentre à cent
pour cent sur l'enquête et ne retient de chaque protagoniste que le
strict minimum en rapport avec les événements présents. C'est sec,
efficace, parfois haletant, et surtout tragiquement dérisoire, comme le
prouvent les informations qui clôturent, pour un temps, la traque
mortelle de Popeye. On a envie d'écrire, avec tristesse : "tout ça pour
ça" ! L'étonnant face à face Charnier-Doyle, n'est pas pour rien dans
la stature de ce film. Le gentleman français, distingué, froid, revêt
une dignité qui contraste étrangement avec la rusticité barbare et
quelque peu vulgaire d'un Gene Hackman à la présence toujours aussi
imposante.
> Le film
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