Octobre 1969. Frank Sullivan (Dennis Quaid) est un valeureux
sapeur pompier de New-York. Marié à la belle Julia 'Elizabeth
Mitchell, il est père d'un petit Johnny qu'il adore. Tandis qu'une
aurore boréale exceptionnelle déploie ses draperies, il sauve,
in-extremis, sa peau et celles de quelques malheureux.
Simultanément, un "tueur d'infirmières" sévit dans
la ville. Il en est à sa troisième victime. Octobre 1999. Johnny
(Jim Caviezel) est devenu policier. Sa vie est passablement agitée.
Sa compagne Samantha (Melissa Errico) vient de rompre. En compagnie de
son copain d'enfance Gordo Hersch (Noah Emmerich), il découvre le
vieux poste de radio amateur auprès duquel son père, disparu depuis
plusieurs années, passait de longues heures. L'appareil fonctionne
encore. John entre en contact avec un correspondant étrange. Quelle
n'est pas sa stupéfaction lorsqu'il se rend compte qu'il s'agit de
Frank ! Mais le comble est encore à venir...
Les scénarios fondés sur les paradoxes temporels ne manquent pas.
Etant donné que, pour les esprits solidement ancrés dans leur
logique rationnelle, l'invraisemblance est obligatoirement au
rendez-vous, c'est souvent par le biais de la comédie que les
réalisateurs abordent le sujet. Les plus célèbres réussites dans
le domaine sont dues à Robert Zemeckis et à ses "Retour
vers le futur", où le délire le dispute au vaudeville.
Mais, dans l'approche "sérieuse", un certain nombre de
créations valent le détour. Si le récent "Mémoire
effacée" laissait un goût pour le moins saugrenu, on peut
garder un souvenir ému de la romance qui humanisait "Nimitz,
retour vers l'enfer".
Le film de Gregory Hoblit est à marquer d'une pierre blanche. Après
un "Peur primale" que Edward
Norton transfigurait de sa monstruosité manipulatrice, il nous offre
ici une histoire tout à fait passionnante, malgré (ou à cause de !)
l'invraisemblable imbroglio qui mêle, fort habilement, amour filial,
troubles mémoriels, psychologiques, intrigue criminelle et ce que
certains auteurs appellent "replis du temps". Le montage,
particulièrement élaboré, loin de donner l'impression d'un puzzle
artificiel ou préfabriqué, contribue à renforcer l'humanité des
personnages, et les improbables modifications apportées à la trame
existentielle de Frank deviennent une "pilule" tout à fait
ingérable, parce qu'elles enrichissent drames intérieurs et
suspense, sans parasiter la narration. Précisons aussi que père et
fils sont plus que crédibles dans cette aventure, Jim Caviezel se
montrant particulièrement émouvant dans son mal-être
indéfinissable.
Une belle réussite, même si le dénouement ne tient pas 100% des
promesses engrangées.