Harry (Heath Ledger), fils du
Général Faversham, est lieutenant dans un régiment anglais.
Il est fiancé avec la belle Ethné (Kate Hudson), fille également d'un
brillant militaire décédé. Une sombre nouvelle arrive un jour. Des
Musulmans soudanais, sous les ordres du Mahdi, ont massacré la garnison
d'un fort britannique. Le régiment de Harry doit partir d'urgence. Mais
le jeune homme donne brutalement sa démission de l'armée. Totalement
incompris par ses camarades, exception faite de son ami Jack Durrance
(Wes Bentley), il reçoit les quatre plumes blanches, symboles de la
lâcheté. Ayant perdu l'amour d'Ethné, il s'embarque pour le Soudan et
tente de rejoindre clandestinement le lieu où est cantonné son
ex-régiment...
Cette fresque, remake du film homonyme de Zoltan Korda (1939), ainsi
que de celui de Merian C.Cooper, dix ans plus tôt !, est l'adaptation
du roman "les 4 plumes blanches" de A.E.W.Mason
(1902). N'ayant jamais lu le roman, ni vu aucune des
adaptations, j'ignore si la traduction cinématographique de Shekhar
Kapur est fidèle ou non à l'esprit originel. Ce qui paraît évident,
c'est qu'elle ne mérite tout de même pas, à mon sens, la volée de bois
vert que la plupart des critiques lui ont assénée. Il est sûr que les
données historiques sont totalement absentes. L'intérêt n'est jamais
porté sur les motivations du Mahdi, pas plus que sur les raisons de
l'intervention des Britanniques. De toute manière, se considérant comme
les êtres civilisés de la planète (avant que les Américains ne prennent
le relais...), il ne pouvaient être absents d'une quelconque contrée du
globe ! Histoire d'inculquer leur profond humanisme chrétien
aux pauvres barbares, à coups de canon et de baïonnettes...
Il est également impossible de nier que le réalisateur ne lésine pas
sur les effets grandiloquents. Le refus de la guerre que manifeste
Harry, se révèle, en fait, un tremplin pour décupler les ressources
infinies de l'être, placé volontairement dans des conditions
exceptionnellement dramatiques. Malgré ce consensus sur la valeur de
l'homme révélée par la guerre, ou peut-être grâce à lui, cette fresque
ne manque pas d'un panache certain, recèle des moments forts (la
bataille dans le désert, ou encore la prison dans laquelle se fait
enfermer Harry), exacerbe les envolées de noblesse d'âme et de courage
indomptable, avec une vraisemblance il est vrai parfois mise à mal.
L'accent est mis sur le personnage étrange de Abou Fatma (Djimon
Hounsou), qui n'est pas sans évoquer Azeem le Grand de "Robin des bois, prince des
voleurs", et dont on ne comprend pas toujours les motivations
profondes. Mais les contradictions ou étrangetés qui pourraient
hérisser l'épiderme du spectateur délicat sont balayées par
l'affirmation la plus imparable qui soit : "telle est la volonté de
Dieu" ! Que répondre à cela ?
Le trio formé par Heath Ledger, Wes Bentley, Kate Hudson, sans être
inoubliable, est tout à fait convaincant. Les deux hommes, en
particulier, ne manquent pas d'intensité dramatique. S'il est possible
et légitime de regretter que l'orientation générale de l'oeuvre ne
manifeste jamais de réaction critique vis à vis du consensus de
l'époque sur le bien-fondé de la main-mise coloniale britannique, il
est tout aussi justifié d'en apprécier les qualités esthétiques et
tragiques. Cela dit, une nouvelle version s'imposait-elle ? C'est un
autre débat...