A quelques kilomètres de Montreal, a été créé un complexe de
luxe sur une île paradisiaque. Rien ne manque. Ni les boutiques, ni
les restaurants, ni les épiceries, ni la piscine olympique, ni le
dispensaire. Pourtant, un jour, l'harmonie des lieux commence à se
disloquer sérieusement. Un professeur de médecine à la retraite, le
docteur Emil Hobbes (Fred Doederlein) trucide sauvagement une jeune
fille, Annabelle Brown (Kathy Graham) avant de se suicider. Un de ses
anciens élèves, le docteur Roger St Luc (Paul Hampton) découvre le
carnage et cherche à comprendre. Quelques éléments lui sont fournis
par Rollo Linsky (Joe Silver), l'ancien associé de Hobbes. Celui-ci
menait apparemment des études étranges sur le remplacement d'organes
par des parasites...
Ce n'est un secret pour personne, David Cronenberg a toujours été
fasciné par l'horrifique et le malsain, que celui-ci se situe dans le
domaine physique ou dans le domaine psychologique. Ce goût pour la
plongée dans la noirceur, le monstrueux et le terrifiant a donné
souvent naissance à d'inoubliables créations. C'est le cas de
"La Mouche", "The dead Zone",
"Faux-semblants" ou encore le récent "History
of violence". Dans le cas présent, sans doute inspiré, en
partie, par la libération sexuelle qui commençait à se développer,
il compose, avec une efficacité indéniable, une oeuvre qui mêle
érotisme et contagion parasitaire, plus ou moins inspirée de
"L'invasion des Profanateurs de sépultures" que Don Siegel
avait tourné vingt ans plus tôt.
Avec un budget que l'on devine minimaliste, le réalisateur développe
une course contre la montre assez haletante, verrouillée par des
unités de temps, d'action et de lieu, qui renforcent encore
l'impression d'urgence. Cela dit, le propos demeure résolument au
niveau matériel, même s'il est possible de voir, dans le choix du
sujet, divers symboles libertaires ou sexuels que chacun développera
à sa guise. La trame en elle-même se contente, comme dans la
majorité des films du même genre, d'installer une certaine quantité
de personnages-proies, dont on ne sait d'ailleurs quasiment rien, et
de les "présenter" ensuite au prédateur. Nombre de scènes
ne manquent pas de puissance dramatique et de férocité, mais un
notable passage à vide s'installe au bout d'un certain temps,
l'intensité des séquences cauchemardesques ne parvenant pas toujours
à faire oublier la répétitivité du processus. Même si, une fois
n'est pas coutume, l'aspect du "prédateur" n'a rien de
ridicule, bien au contraire, un point semble évident : ce film
apporte la preuve que le niveau d'angoisse n'est pas forcément
proportionnel au degré d'horreur montré. "L'invasion des
profanateurs de sépultures", infiniment moins prolifique en
giclées nauséeuses, affichait un pouvoir d'effroi viscéral bien
supérieur.