Tang Lung (Bruce Lee)
débarque à Rome avec pour tout bagage un petit balluchon, afin de venir
en aide à la jolie Chen Ching Hua (Nora Miao), qui vient d'hériter d'un
restaurant asiatique et se voit menacée par un truand qui veut
l'obliger à vendre. Comme les clients se font rares, éjectés manu
militari par les sbires du méchant, les cuisiniers et serveurs
s'entraînent au karaté. Mais l'efficacité n'est pas vraiment au
rendez-vous ! Heureusement, Tang Lung va remettre un peu d'ordre dans
toute cette confusion...
Il est bien
difficile d'attribuer une note à ce film. S'il était joué par un obscur
acteur oriental, il ne mériterait pas plus de deux étoiles. Un sujet
des plus simplistes, des personnages ingénus, pour ne pas dire niais,
qui ne sont là que pour introduire un humour... basique, un héros qui
ne tranche pas vraiment sur la médiocrité du lot, obsédé par Hong-Kong,
et dont les commentaires sarcastiques sur l'architecture romaine sont à
prendre au quatrième degré (il verrait bien des buildings à la place
des jardins de la Villa d'Este...)... Sans chercher très loin, le
scénario de "Opération Dragon", qui paraîtra l'année
suivante, est un modèle (relatif !) de richesse, tant dans son
esthétique que dans son invention narrative. Ici, exception faite du
dernier combat, intense et extrême, contre l'authentique champion de
karate, Chuck Norris, dans le décor magique du Colisée, l'ensemble
respire surtout la farce et n'effleure jamais la cruauté quasi sadique
qui parsemait le film de Robert Clouse.
Mais, évidemment, il y a Bruce Lee, ce phénomène dont la seule
présence, le simple regard, métamorphosent instantanément une scène
burlesque en un choc énergétique majeur. Lorsque l'adversaire est là,
il n'est pas un combattant dont l'ego désire s'imposer, terrasser
l'autre, il est une manifestation pure de la force universelle, qui
concentre son essence le temps d'un éclair, dans un corps humain. Même
si l'on sait, intellectuellement, qu'il y a trucages, ceux-ci sont
totalement oubliés, tant cet être frêle parvient à devenir totalement,
à nos yeux, ce qu'il veut incarner. En face de lui, les protagonistes
ont évidemment fort à faire pour exister. Une mention, tout de même, au
personnage de Monsieur Ho (Paul Wei Ping-Ao), étonnant androgyne, roi
de l'hypocrisie et confit en simagrées, qui apporte une petite note
originale bienvenue.