Nicolas van Orton (Michael
Douglas) est un PDG riche, orgueilleux, puissant, solitaire et
malheureux. Sa femme l'a quitté pour un médecin. Elle est enceinte de
ce dernier. Un jour, Conrad, son frère peu aimé (Sean Penn), lui donne
rendez-vous et lui offre, pour son anniversaire, un étrange cadeau...
J'avais conservé de ce film, vu il y a trois ans, le souvenir d'un
passionnant mais superficiel thriller. Une seconde vision, ( qu'il est
légitime d'appréhender, puisque le scénario repose, pour une part
capitale, sur la "chute" finale et que, de ce fait, l'effet de
stupéfaction est nul ), révèle en fait les qualités profondes de
cette oeuvre. Et administre la preuve magistrale que le fait de
connaître l'issue n'enlève rien à sa densité intérieure constante.
Sans compter que, la connaissance de l'issue ne monopolisant plus
l'attention, l'intérêt se reporte sur l'ensemble des scènes et permet
d'en apprécier pleinement la tension.
Ce qui m'a semblé surtout remarquable à cette seconde vision, c'est
justement cette tension permanente, parfois discrète, mais toujours
efficace et présente, qui sous-tend du début à la fin le déroulement
du scénario. Aucune scène n'est inutile. Toutes sont habitées par un
excellent Michael Douglas et un Sean Penn, peu présent, mais toujours
aussi irradié de l'intérieur.
Cette re-vision permet aussi au mental de dépasser le thème du jeu
pour découvrir une dimention plus psychanalytique ou métaphysique,
dont l'apothéose finale n'est pas la moindre surprise. Tout le
déroulement de ce film, habité en apparence par le désordre, le chaos
et la haine, avait, en fait, pour fondement, l'amour. Le
scénario illustre parfaitement ce processus commun à pratiquement tous
les êtres humains : la souffrance est le moteur majeur qui provoque
notre évolution.
Une oeuvre forte, surprenante, riche et passionnante de bout en bout !
Bernard
Sellier