La
nuit du Réveillon de la Saint-Sylvestre dans une petite ville de la
Manche. L'inspecteur Antoine Gallien (Lino Ventura) interroge un
notable, Jérôme Martineau (Michel Serrault), notaire, qui, quelques
semaines plus tôt a découvert le corps d'une fillette violée et
assassinée. Un premier crime, non élucidé, avait eu lieu précédemment.
Secondé par son collègue Marcel Belmont (Guy Marchand), Gallien tente
d'éclaircir les contradictions qui émaillent le récit du témoin et de
comprendre sa personnalité complexe.
Un
homme en vue interrogé pendant une nuit entière dans une petite pièce
d'un commissariat.Unité de lieu, de temps et d'action parfaites.
Vraiment pas de quoi donner naissance à une oeuvre passionnante ? Ce
serait mal connaître le talent, le génie pourrait-on même dire en
l'occurrence, de trois personnages : le réalisateur-scénariste, le
dialoguiste (Michel Audiard) et un Michel Serrault grandiose. Les trois
piliers du film. Celui-ci pourrait sans peine occuper le trône de
Modèle dans nombre de domaines. Comment rendre émouvant, captivant, de
bout en bout, une histoire dont la trame tient sur dix centimètres
carrés de papier, dépouillée à l'extrême, confinant un nombre minimal
de protagonistes dans un espace clos ? Comment consteller de drôlerie,
de rires, d'ironie, un récit intégralement noir, habité de
personnalités rongées par la détresse ; et, cela, sans jamais entamer
un seul instant la crédibilité psychologique !? Comment, en un
flash-back muet de quelques minutes, installer une oasis de poésie
magnétique, dont la grâce diaphane illumine furtivement un univers de
désespoir ? Comment atteindre des abîmes de mélancolie avec une
économie de moyens aussi extrême ? A ces questions que tout réalisateur
peut se poser, l'oeuvre répond avec une aisance, une maestria
étonnantes. Grâce à la personnalité protéiforme, hautement ambiguë,
sinueuse, de Jérôme Martineau, la tragédie explore, fouille avec une
inspiration permanente, les multiples composantes nébuleuses de l'être
humain. Mille fois plus explicites que pourraient l'être des volumes
d'analyse psychologique, les interrogations banales du policier, les
stupidités proférées par un Guy Marchand fidèle à son image de crétin
bas de plafond, les dissimulations maladroites du suspect, son ironie
glacée, ouvrent grand le livre de la fabrication du masque
que nous revêtons tous plus ou moins habilement au cours des ans. Quant
aux quelques minutes où Romy Schneider apparaît, spectre aussi superbe
que polaire, elles sont tout bonnement inoubliables.
Un miracle permanent d'émotion.