Louie (John Tormey), homme de main du truand Ray Vargo (Henry Silva), a
jadis sauvé la vie d'un jeune noir. Celui-ci, sous le nom de Ghost Dog
(Forest Whitaker), est devenu tueur à gages pour son sauveur qu'il
considère désormais comme son maître. Mais un jour, après une exécution
qui ne s'est pas déroulée comme prévu, Ghost dog devient l'homme à
éliminer...
Après un interminable générique, un non moins interminable périple
nocturne en voiture, au cours duquel il faut supporter le regard vide
de Forest Whitaker (impassibilité du Samouraï oblige), et un morceau de
rap (heureusement calme), l'histoire peut enfin démarrer. Enfin, c'est
une manière de parler. Car l'univers dans lequel évoluent les
personnages emblématiques du réalisateur n'est pas celui que chacun de
nous habite quotidiennement. Il existe donc un abîme entre le monde
ordinaire des truands, peuplé de séquences dialoguées que l'on pourrait
croire extraites d'un Tarentino mesuré, d'exécuteurs loufoques qui
semblent débarqués d'un délire raisonnable des frères Coen, et le monde
ascétique, spirituellement codifié, de Ghost Dog. Entre les deux
espaces, une seule communication apparente possible, celle de la mort.
Ghost Dog est au premier abord un solitaire absolu, un être non
communiquant. Mais ce n'est qu'une apparence. Lorsqu'il se trouve
confronté à l'univers de l'innocence enfantine, il abaisse les
barrières de protection. Lorsqu'il est en présence d'un monde étranger
dont il ne comprend pas la langue, (Raymond, le glacier), les échanges
se font par télépathie. C'est donc une étrange mixture que nous offre
Jim Jarmusch, composée de longues plages contemplatives, d'éclairs de
violence, de parlotes, le tout scandé par les pages d'extraits du code
des samouraïs, et ses considérations philosophico-mystiques. Suivant
son humeur ou son élévation d'esprit, le spectateur pourra considérer
tout cela comme un polar famélique, un essai prétentieux, une quête
individuelle hermétique, ou un drame éthéré. Ce qui est manifeste,
c'est qu'après une ouverture qui donne parfois envie de jeter l'éponge,
il devient très difficile par la suite de décrocher, le réalisateur
ayant ici fait le choix de rendre sa narration de plus en plus
captivante, ce qui n'était pas le cas, par exemple, du rebutant "Dead
man".
Etrange, parfois agaçant à cause de ses partis pris, mais au bout du compte assez fascinant.
> Le film
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