Maximus (Russell Crowe) est
général de l'armée romaine du Nord. Il livre un combat contre des
Germains et remporte une brillante victoire. L'empereur Marc-Aurèle
(Richard Harris), sentant la mort proche, annonce à Maximus qu'il
souhaite le voir prendre le pouvoir, à la place de son fils, Commode
(Joaquin Phoenix). Ce dernier, ulcéré, étouffe son père et fait
condamne Maximus, qui a refusé de lui faire allégeance, à mort. Ce
dernier échappe à ses bourreaux, mais arrive chez lui trop tard. Sa
femme et son fils ont déjà été assassinés. Grièvement blessé,
il est emmené dans une colonie africaine et est acheté comme gladiateur
par Proximo (Oliver Reed). Il se fait rapidement connaître comme un
combattant exceptionnel, sous le pseudonyme de "L'Espagnol". Commode,
devenu empereur, organise cinq mois de jeux dans le cirque de Rome et
Proximo regagne la capitale avec ses meilleurs éléments pour y
participer.
Epique, intelligent, poétique, original, profond, sensible, tragique,
les adjectifs sont presque insuffisants pour qualifier cette
oeuvre qui renvoie la plupart des péplums de la grande époque (à part
quelques chefs-d'oeuvre majeurs comme "Ben-Hur" ou "Cléopâtre")
au rang de fantaisies superficielles d'amateurs.
Entre une impressionnante bataille d'ouverture qui se clôt sur une
sorte de ballet tragique au ralenti soutenu par un thème paisible et
mélancolique aux cordes, des scènes de combat au réalisme tel qu'on a
quasiment l'impression de sentir l'odeur de la poussière et
du sang et des moments intimistes sans une once de superficialité, le
spectateur est immergé sans une minute de répit au coeur de cette
tragédie étonnamment moderne.
"Gladiator" est en fait le penchant antique du dyptique formé avec "La
chute du faucon noir".
Il possède l'avantage non négligeable de prendre le temps de vivre avec
les personnages, de plonger dans le tréfonds de leur inconscient,
d'assister à la lente dégradation de l'esprit malade de Commode. Si
Maximus est bien sûr le pilier central, magistral, de cette fresque, il
serait injuste d'occulter la réussite exceptionnelle que constitue
l'incarnation de cet empereur cruel parce que non aimé. Joaquin Phoenix
est physiquement et psychologiquement impressionnant dans le rendu de
cet être complexe et finalement touchant dans son désespoir et sa quête
infructueuse de l'affection, qu'il tentera de débusquer jusque chez sa
soeur.
Même les personnages secondaires, Proximo (Oliver Reed), Marc-Aurèle
(Richard Harris), Gracchus (Derek Jacobi), le jeune Lucius (Spencer
Treat Clark) et naturellement sa mère, la très belle Lucilla (Connie
Nielsen), soeur de Commode, loin d'être des faire-valoir ou des
caricatures simplistes, possèdent une vie et une personnalité
véritables qui apportent leur pierre à cette oeuvre passionnante,
puissante, violente et gorgée d'émotion.
Quant à Russell Crowe, sa prestation peut être résumée d'un mot :
grandiose !
Seule la dimension spirituelle, très présente dans "Ben-Hur", par exemple, est ici occultée. Mais cela
n'empêche bien sûr pas ce film d'accéder sans conteste au rang de
chef-d'oeuvre inoubliable !
Bernard
Sellier