Un bateau de pêche japonais est coulé en quelques
secondes. Trois autres chalutiers sont attirés au fond de la mer par
une force mystérieuse. Niko Tatopoulos (Matthew Broderick), qui mène
depuis trois ans une enquête sur l'augmentation de taille des vers de
terre dans les environs de Tchernobyl, est appelé d'urgence par la
sécurité américaine. Lorsqu'il arrive aux Etats-Unis, c'est pour
assister à la dévastation de Manhattan par un gigantesque dinosaure,
probablement généré par les essais nucléaires de Mururoa. L'armée tente
en vain de capturer la bestiole qui, non seulement lui échappe, mais
encore détruit un bon nombre d'hélicoptères et de buildings.
Niko retrouve une de ses anciennes compagnes, Audrey Timmonds (Maria
Pitillo), qui rêve de devenir reporter...
Spécialiste des grosses machineries, Roland Emmerich nous offre, deux
ans après "Independance Day"
une nouvelle oeuvre poids lourd. C'est le caisson de basses qui est
content ! Pourtant, au-delà de l'apparence plus que primaire, voire
idiote, des scénarii, il est possible de discerner, dans ces sujets
prétextes, une démolition en règle de l'orgueil américain, associée à
une condamnation de l'inconscience des nations qui, faisant joujou sans
vergogne avec les bombes nucléaires, préparent elles-mêmes leur
destruction. Le héros du film, Godzilla, passe le plus clair de son
temps à saccager les buildings qui font la fierté de nos compagnons
d'outre-Atlantique. Mais il entre en concurrence rude avec l'armée,
qui, à elle seule, désintègre, accidentellement, la moitié de la ville
! Evidemment, ce qui pouvait paraître jouissif en 1998, l'est
infiniment moins depuis le 11 septembre 2001 ! Si l'on fait abstraction
de cela (difficilement), reste une version puissance 10 de "Jurassic Park", avec ses
personnages caricaturés de façon primaire (le Maire, stupide et
opportuniste, Audrey, la journaliste nunuche et arriviste, Niko, le
scientifique incompris...), mais capable de délivrer son lot de
suspense et des trucages assez impressionnants. Jean Reno, qui, avant "DaVinci Code", abordait
déjà le rôle subalterne de Français trublion et embarrassant, se montre
ici un peu moins transparent que dans le film de Ron Howard. Dommage
que Matthew Broderick, l'inoubliable "Souris" de "Ladyhawke", soit un peu
léger, artistiquement, s'entend !
Globalement, c'est du primaire de gros calibre. Non dénué d'efficacité,
reconnaissons-le. Et puis c'est sans doute un des rares films dans
lesquels il pleut des cordes du début à la fin. C'est donc tout, sauf
une publicité touristique pour New York ! Quant à la grosse
bébête, assez convaincante, on pourrait lui envoyer sans mentir un :
"t'as d'beaux yeux, tu sais" ! La fin laissait prévoir un "Godzilla 2",
mais celui-ci est sans doute resté, contrairement au dinosaure, dans
l'oeuf...