Une
petite fille de 4 ans, Amanda McCready (Madeline O'Brien) a disparu. La
police de Boston, sous la houlette du vieux Jack Doyle (Morgan
Freeman), promet que tout sera mis en oeuvre pour retrouver l'enfant.
Lionel (Titus Welliver) et Béatrice (Amy Madigan), l'oncle et la tante
de la fillette, contactent, contre l'avis de la mère, Hélène (Amy
Ryan), un jeune détective, Patrick Kenzie (Casey Affleck). Celui-ci
hésite à accepter, n'ayant jusqu'alors jamais abordé ce type d'enquête
dramatique. Deux policiers, Remy Bressant (Ed Harris) et Nick Poole
(John Ashton) acceptent de lui donner les quelques informations en leur
possession. Grâce aux multiples contacts qu'il a gardés parmi les
jeunes loubards de la banlieue, Patrick se rend rapidement compte
qu'Hélène a menti sur son emploi du temps, et surtout que son existence
n'est pas particulièrement "clean"...
Jusqu'alors, Ben Affleck c'était le fringant capitaine Rafe McCawley de "Pearl Harbor", le moins convaincant des trois Jack Ryan dans "La somme de toutes les peurs",
autant dire un beau gosse qui doit son auréole de célébrité beaucoup
plus à son physique avenant qu'à son expressivité artistique ou à la
profondeur de ses incarnations. C'est donc une immense surprise de le
voir aux commandes de cette oeuvre particulièrement sombre,
profondément dramatique et surtout conduite avec une intelligence
incontestable. Le commencement de l'histoire ne laisse d'ailleurs
aucunement présager de ce vers quoi se dirige le récit. Un rapt
d'enfant, un début d'enquête difficile, et un couple de détectives
modernisés. Oubliés depuis longtemps les Robert Mitchum, les Jack
Nicholson, ou les Humphrey Bogart, usés par les années et l'alcool,
nageant à longueur de journées dans les volutes de fumées qui
envahissent leur bureau miteux, ces icônes laissent la place à un
sémillant jeune homme, flanqué d'une charmante compagne, Angie Gennaro
(Michelle Monaghan). Une galerie de personnages plus que douteux, et
surtout une crudité appuyée, donnent tout d'abord à penser que le récit
se dirige vers une intrigue banale, uniquement rehaussée, mise en
valeur, si l'on peut dire, par un choix d'excès en tous genres. C'est
donc avec une stupéfaction intense que l'on découvre un
dénouement totalement inattendu qui plonge d'autant plus le spectateur
dans une émotion profonde et authentique qu'il ne joue nullement la
carte du simplisme ou du psychologiquement confortable, et conserve
jusqu'au terme une maîtrise et une sobriété étonnantes. Tout en
générant des sujets de réflexion majeurs sur la puissance respective de
l'inné et de l'acquis, la qualité de l'amour parental, ou encore le
droit d'ingérance et de jugement sur autrui.
Dans le domaine du polar pur et dur, ce n'est certainement pas
l'oeuvre de la décennie, mais dans celui de l'imbrication intelligente
d'un drame intimiste sur fond policier, la réussite est évidente,
solidement secondée par une galerie de personnages ambigus, dessinés et
incarnés avec force et subtilité (Amy Ryan, Casey Affleck, Morgan
Freeman, mais surtout Ed Harris, toujours aussi impérial).
Film sur
IMDB