Nous sommes à la fin du
dix-neuvième siècle aux Etats-Unis. Un groupe de malheureux, classifiés
comme bandits", mais en réalité victimes, pour la plupart, d'un usurier
criminel de Snow Hill, Pollicut (Luigi Pistilli), est persécuté par des
Chasseurs de primes, dont le plus redoutable est Tigrero (Klaus
Kinski). Le fait que le Gouverneur de l'Utah ait annoncé une amnistie
générale, ne change rien à la détermination des mercenaires. Un homme
s'oppose pourtant à eux. Il est muet et un surnom lui a été donné :
Silence (Jean-Louis Trintignant). La veuve de James Middleton, qui
vient d'être abattu, Pauline (Vonetta McGee), offre à Silence mille
dollars pour qu'il exécute le meurtrier de son époux...
L'année qui voit éclore l'un des chefs-d'oeuvre du "western" ("Il était une fois dans
l'ouest"), est aussi celle où sort sur les écrans ce film
atypique, devenu presque culte, avec juste raison, d'ailleurs ! S'il
n'a pas l'aura exceptionnelle de celui de Sergio Leone, il n'en cumule
pas moins des qualités hors du commun. Un sujet historique, tout
d'abord, puisque cette tragédie signera quelques années plus tard, la
fin des chasseurs de primes et de leurs exactions. Le décor, ensuite.
Loin des plaines écrasées de soleil et des chevauchées haletantes, les
personnages évoluent ici péniblement, dans un décor immaculé,
qui tranche radicalement avec le sang qui coule à flots. Les armes et
les doigts gèlent, les chevaux se débattent dans une neige qui leur
arrive au poitrail. Autre surprise, et non des moindres : la présence
de Jean-Louis Trintignant, que l'on n'attendait pas vraiment dans ce
type de rôle, qui plus est, muet ! Si la composition de Klaus Kinski
est plus classique, dans un rôle de sadique qui lui convient comme un
gant, il n'en demeure pas moins qu'il imprime une marque profonde à son
personnage, grâce à une voix à la douceur quasiment efféminée et à une
fausse obséquiosité glaçante. Enfin, le dénouement, sauvage et sombre,
laisse une saveur amère et désespérée qui ne sacrifie aucunement au
traditionnel happy end. Sans oublier la musique d'Ennio Morricone,
moins inspirée certes que dans les oeuvres de Sergio Leone, mais
cependant fort belle (encore que ponctuellement un peu envahissante !).
Une réussite incontestable et profondément originale.