Hector Valentin (Bourvil) revient du Canada,
bien décidé à reprendre la scierie que son père possédait dans un coin
reculé des Vosges. Mais, dès son arrivée, il est contacté par Lucien
Therraz (Nick Stephanini), propriétaire d'une importante entreprise de
bois, qui souhaite racheter le bien d'Hector. Devant le refus de
celui-ci, il laisse entendre que la concurrence sera agressive. Un
jour, Valentin rencontre deux hommes, qui recherchent du travail :
Laurent (Lino Ventura) et Mick (Jean-Claude Rolland). Il les embauche,
bien qu'il apprenne rapidement qu'il s'agit d'ex-taulards. Devant la
difficulté de trouver de la main-d'oeuvre, Hector accepte, à
contre-coeur, la proposition de Laurent : faire venir des condamnés en
liberté conditionnelle...
Un film d'hommes avant tout, même s'il est ponctuellement illuminé par
la grâce de Marie Dubois. Ecrit par Jose Giovanni, pour qui le milieu
carcéral n'avait guère de secrets, le film aborde avec intelligence et
authenticité plusieurs thèmes : la difficile réinsertion dans le milieu
professionnel d'individus naturellement asociaux, ou qui le sont
devenus par l'incarcération ; la répulsion naturelle éprouvée envers
tout étranger, qui plus est, catalogué dangereux, par la population
locale, frileuse et autarcique ; la vie inhumaine des travailleurs
condamnés à vivre dans un isolement quasi complet toute l'année. Sans
manichéisme, l'histoire développe, sur fond d'intrigue policière
larvée, qui a la sagesse de ne jamais phagocyter le sujet principal,
les relations emplies d'agressivité qui se mettent en place, tant à
l'intérieur du groupe même des prisonniers, qu'à l'extérieur, avec les
employés de l'odieux Therraz. Sans esbroufe, avec lucidité, le drame
progresse lentement, implacablement, toujours efficace, jamais
ennuyeux. Si Lino Ventura, égal à lui-même, taciturne et viril, se
montre impérial, c'est Bourvil, que l'on a connu, si souvent, en
corniaud ("La grande vadrouille" est d'ailleurs sortie la même année
que ce film), qui domine toute l'oeuvre, prouvant, comme ce sera le cas
dans "Le cercle rouge", quatre ans plus tard, qu'il était un acteur
dramatique de premier ordre.