1885, en Ecosse. Lord John
'Jack' Clayton (Paul Geoffrey) décide, malgré l'inquiétude de son père,
le riche Comte de Greystoke (Ralph Richardson), de quitter le pays avec
sa jeune femme Alice (Cheryl Campbell) pour se rendre en Afrique de
l'ouest. Mais le bateau sur lequel ils ont embarqué fait naufrage. Ils
sont les seuls rescapés avec le capitaine, qui décide de partir
chercher du secours. Cependant les mois passent sans nouvelles. Alice
accouche d'un garçon, mais meurt peu après. Le nourrisson est enlevé
par un singe femelle qui vient de perdre son petit. Environ deux
décennies plus tard, une expédition anglaise arrive dans la contrée.
Elle est décimée par les Pygmées et le capitaine Philippe d'Arnot (Ian
Holm), un Belge, est sauvé in extremis par un jeune homme sauvage
(Christopher Lambert) qui vit parmi les singes...
Nous sommes bien loin des innombrables aventures héroïco-fantaisistes
dont les plus célèbres ont été immortalisées grâce à Johnny
Weissmuller, entre 1932 ("Tarzan l'homme-singe") et 1948. Tarzan n'a
plus rien ici du surhomme voltigeur. Il est un être hybride, déchiré
entre deux mondes. C'est avec une intelligence qui n'étouffe jamais le
drame humain et la souffrance primaire que le réalisateur explore cette
double vie. Il est servi en cela, d'une manière exceptionnelle, par
Christopher Lambert, qui, pour un de ses premiers films marquants, se
montrait particulièrement en résonance avec ce personnage aux racines
sauvages. Sans verser dans une tendance "retour à la nature"
extrémiste, l'histoire stigmatise néanmoins sans équivoque l'orgueil
méprisant et criminel de l'homme soi-disant civilisé, tout en lui
opposant, de manière équilibrée, un certain nombre de figures chez
lesquelles amour et compréhension n'ont pas été pourris par le
conformisme ambiant (Philippe, le vieux Comte et Jane, par exemple). A
travers la tentative d'humanisation, d'éducation, d'intégration, vouée
bien sûr à l'échec, tant la société sclérosée que l'on présente au
jeune homme comme "sa famille" se montre infiniment plus mortifère que
la jungle, c'est un raccourci aussi magique qu'envoûtant que l'on nous
présente. Celui du passage long, douloureux, cahotique, de
l'homme-animal à l'homme contemporain. Des centaines de milliers
d'années pour quitter l'état dit sauvage et connaître... le capharnaüm
actuel, qui donne aux tueries cro-magnonesques l'apparence de jeux
innocents. Autant dire pour s'extirper de la bestialité et y replonger
!
Une oeuvre inspirée et, de plus, enveloppée d'une musique
somptueuse.