Comment le Docteur Hannibal Lecter en est-il arrivé à l'état de
monstre cannibale que l'on connaît bien depuis le "Silence
des Agneaux" ? Pour cela, il est nécessaire de revenir à la
fin de la seconde guerre mondiale. Nous sommes en 1944, en Lithuanie.
Les troupes du Reich reculent devant la percée inéluctable des chars
russes. Des pillards sévissent sur toute la zone des combats. Hannibal
Lecter (Aaran Thomas), âgé de 8 ans, voit ses parents mourir au cours
d'une attaquer aérienne. Il demeure seul, avec sa petite soeur Mischa (Helena
Lia Tachovska) dans un chalet perdu au milieu de la forêt. Survient une
bande de détrousseurs, commandée par Grutas (Rhys Ifans), cherchant à
échapper aux soldats soviétiques qui ne font pas de quartier aux
voleurs. Le temps passe, le froid est intense, et les vivres manquent.
Comment survivre lorsqu'il n'y a aucune nourriture animale ?...
Lorsqu'il n'est plus guère possible de développer les aventures d'un
personnage mythique, déjà passablement étirées sur trois films, une
seule solution se présente : effectuer un retour aux sources. Mais le
résultat ne se montre pas toujours à la hauteur des attentes. George
Lucas nous en a administré la démonstration, en peinant fort à
retrouver, dans ses épisodes 1 et 2
de "La Guerre des Etoiles" le
panache et la spontanéité jubilatoire de "L'Empire
contre attaque". Dans le cas d'Hannibal Lecter, c'est
sensiblement la même situation. Globalement, l'oeuvre est de qualité.
Belle photographie, scénario sans grande invention (une histoire de
vengeance comme beaucoup d'autres) mais construit avec soin. Un choix
relativement judicieux pour Gaspard Ulliel, qui se montre juste dans la
pathologie obsessionnelle et la froideur meurtrière. Une ambiguité
constante dans le personnage fascinant de Lady Murasaki Shikibu
(merveilleuse Gong Li !), tante d'Hannibal.
Et pourtant, malgré ces aspects théoriquement positifs, il semble
quasiment impossible de vibrer au diapason du drame qui se déroule sous
nos yeux. La folie se développe lentement dans le cerveau malade du
jeune homme, les meurtres s'accumulent, la chasse aux odieux complices
de Grutas s'installe. Et le spectateur contemple tout cela sans vraiment
frémir, sans se sentir impliqué dans l'histoire. Ce qui est un comble
pour un genre dont le but est de bousculer, de provoquer ces frissons
délicieux ou horrifiés que les passionnés de terreur recherchent avec
délectation. Il faut dire que, si le Hannibal de Gaspard Ulliel se
montre crédible dans sa mutité d'enfant traumatisé, celle-ci, en
revanche, impose à la narration de compenser le vide oral par une
tension dramatique efficace et permanente. Or ce n'est pas le cas. Les exécutions spectaculaires ne remplacent pas
toujours avec bonheur les mots absents. Les insinuations perfides et les
agressions verbales que Anthony Hopkins semait avec une gourmandise
vicieuse dans "Le Silence des Agneaux"
se révèlent infiniment plus percutantes émotionnellement que les
coups de sabre de Gaspard Ulliel.
Le changement radical de genre ("La
jeune fille à la perle", son précédent film) n'a pas réussi
à Peter Webber. Beaucoup d'effets visuels (et des flash back plutôt
lourdingues !) pour peu d'effet tragique.