Octobre
1991. Les combats commencent en ex-Yougoslavie. Harrison Lloyd (David
Strathairn), grand photographe titulaire du prix Pulitzer, est envoyé
par Newsweek pour couvrir le conflit. Quelques jours plus tard, sa
femme, Sarah (Andie McDowell) apprend qu'il a été tué dans
l'effondrement d'une maison. Elle refuse d'accepter l'évidence,
d'autant plus que lors d'un reportage télévisé, il lui semble
reconnaître la silhouette de son mari. Malgré les mises en garde qui
lui sont prodiguées, elle se rend à Graz, laissant ses deux enfants,
Margaux (Quinn Shephard) et Cesar (Scott Anton) à la garde de son
frère Peter (Corey Johnson).
Les horreurs de la guerre se sont souvent affichées avec
réalisme et sauvagerie dans de mustiples fresques aussi
impressionnantes que spectaculaires (les débarquements du "Jour le plus long",
de "Il faut sauver le soldat Ryan" ou encore du récent "Mémoires de nos
pères"). Il n'en demeure pas moins que l'émotion ressentie à la vue des
abominations "localisées", si l'on peut dire, qui jalonnent ici le
parcours quasi initiatique de Sarah, surpasse sans peine celle que
véhiculaient ces oeuvres éminentes, tant la concentration du
réalisateur sur des faits bruts, si proches de nous qu'ils semblent
presque pouvoir survenir à quelques amis ou parents, leur procure une
intensité aussi poignante que menaçante ou prophétique. Pas une once de
pathos, mais presque une sécheresse de reportage, une plongée
étouffante dans un cauchemar absolu, dans un concentré d'ignominies qui
se sont déroulées à quelques centaines de kilomètres de chez nous. Le
temps d'un éclair, l'histoire bascule de la normalité formatée,
ronronnante, à la barbarie la plus primitive, faisant sans peine oublier l'aspect fictionnel originel. En laissant de côté toute
espèce de repère, d'information, sur les causes ou les racines de la
guerre, le film décuple l'impression de folie meurtrière qui s'est
emparée d'une nation, donnant l'impression que massacrer est devenu une
fonction instinctive, laissant l'humanité, la raison ou les dogmes dans
les oubliettes de l'enfer.
Andie McDowell, que l'on a davantage l'habitude d'imaginer dans des comédies du style "Un jour sans fin"
ou "Multiplicity", incarne avec une stupéfiante justesse cette femme
ordinaire que l'amour transfigure littéralement. Adrien Brody, Elias
Koteas, Brendan Gleeson, tous sont au diapason tragique de cette oeuvre
sobrement bouleversante, traumatisante, et, malheureusement,
indispensable !