Turin.
Philippa (Cate
Blanchett), une jeune femme d'origine anglaise, dépose une bombe dans
le bureau d'un riche industriel, Vendice (Stefano Santospago). Puis
elle téléphone à la police pour s'accuser du forfait. Elle est arrêtée
et interrogée. Avec stupéfaction, elle apprend que celui qu'elle visait
est indemne, et, qu'en revanche, un père et ses deux fillettes ont été
tués. Le jeune traducteur qui assiste à ses dépositions, Filippo
(Giovanni Ribisi) lui propose de l'aider à s'évader. Elle accepte.
C'est Krzysztof Kieslowski qui a conçu le scénario de ce film
et aurait dû le mettre en scène s'il n'était pas mort
auparavant.
Etrange atmosphère tout au long de cette oeuvre à la magie prenante. Le
prégénérique nous transporte dans le monde virtuel d'un simulateur de
vol. Puis c'est l'engloutissement dans une horreur suggérée.
Mais suggestion ne signifie aucunement détachement. Et l'absence
d'image peut parfois se révéler plus douloureuse et puissante
émotionnellement que l'accumulation du sang et des larmes. C'est tout
d'abord de la répulsion que l'on éprouve pour cette femme dont on
ignore tout, qui semble agir comme un agent du mal implacable. Puis
l'on découvre cet énigmatique Filippo, grand adolescent effacé, qui
suit les traces de son père, ancien chef des Carabinieri, mais dont les
émotions mal gérées provoquent encore certaines incontinences nocturnes
!
Survient alors la quête de la liberté, celle du plan physique, qui
passe par la peur, la fuite, les angoisses, le changement de
l'apparence. Mais surtout celle de l'esprit. Celle qui transcende la
culpabilité, le remords, le jugement, pour atteindre l'acceptation sans
condition, sans entraves, de soi-même et de l'autre, l'unité absolue,
l'Amour avec un grand A. Sobriété déchirante des mots, des images. La
caméra scrute directement l'essence des faits, des expressions, des
émotions. De nombreux plans quasi fixes, hors du temps, comme
suspendus dans l'éther. Une suite de notes au piano désolées,
lancinantes et envoûtantes. Une passion quasiment sans mots, sans
gestes (à peine deux mains qui se serrent), une scène d'amour entre
deux ombres irréelles qui s'unissent et s'accomplissent dans un
lointain qui ne nous est pas accessible. Et le regard éperdu de Cate
Blanchett, bouleversée par son geste irréversible, qui, peut-être,
parviendra à renouer avec la foi et retrouvera le sens de sa vie. Enfin
un dernier plan qui se perd dans l'infini et laisse le spectateur
médusé et pantelant...
Magnifique.