Nous sommes en Chine, au
IIIème siècle avant Jésus-Christ. Le Roi de Qin (Daoming Chen), une des
six provinces, veut unifier le pays. Trois redoutables guerriers, "Lame
brisée" (Tony Leung Chiu Wai), "Flocon de neige" (Maggie Cheung) et
"Ciel étoilé" (Donnie Yen) échouent dans leur tentative d'assassinat du
monarque. Leurs têtes sont mises à prix. Un jour, un inconnu "Sans nom"
(Jet Li) arrive au Palais, porteur des armes prises aux trois renégats
vaincus. Il lui est permis d'approcher le Roi qui lui demande
le récit de ses victoires...
Les Orientaux sont déroutants ! Abordons de prime abord ce qui fâche et
irrite. Bien sûr, nous sommes en pleine légende. Ce fait est précisé
dès le début. Alors, le spectateur est abreuvé de combats entre
guerriers volants, tourbillonnant dans les airs, esquivant un millier
de flèches, indifférents à la pesanteur, dans le style maintenant bien
connu de "Tigre et Dragon". Certes la technique numérique d'effaçage
des cables est parfaitement au point et l'illusion
esthétiquement parfaite. Cela dit, la répétitivité de ces duels est
bigrement éprouvante, malgré la virtuosité de la caméra et les efforts
louables d'originalité dans les plans. De plus, l'accumulation de
procédés techniques, alternance de ralentis et de déchaînements
énergétiques, se fait parfois lassante.
A côté de ces excès qui semblent constituer un passage obligé du cinéma
asiatique artistique, que de splendeur visuelle et de subtilité
scénaristique dans cette oeuvre ! Si l'on parvient à faire
abstraction de l'aspect artificiel et non réaliste des scènes, on ne
peut que s'extasier devant la beauté picturale de la majorité des
séquences : ces milliers de guerriers envoyant leurs nuages de
flèches, le combat au milieu de la chute automnales
des feuilles, le vieux sage impassible au milieu des milliers de
flèches et, sans doute la plus merveilleuse de toutes, ce duel, ce
ballet devrait-on écrire, au-dessus du lac, avec les pieds des
adversaires effleurant l'eau comme le feraient les battement des ailes
d'un oiseau... On n'en finirait pas de citer les mariages de couleurs,
les dégradés de teintes, le choix féerique des dominantes rouges,
vertes, blanches, bleues qui forment l'écrin des différents passages du
récit. Tout cela est bien sûr léché, arbitraire, spécieux. Mais quel
charme !
Quant au scénario, d'abord restreint à une histoire basique de combats
victorieux, il plonge bientôt dans une variation subtile sur les
apparences, la notion de sacrifice, dans un parallèle magistral entre
la calligraphie et l'art du guerrier, pour finir en apothéose dans une
finesse psychologique inattendue. Nous sommes transportés dans un autre
monde, où amour, magie, transcendance s'entremêlent pour transfigurer
des êtres de chair en émanations de la puissance céleste.
Impressionnant.