Aux quatre "coins" du
monde, différentes personnes se découvrent, parfois avec surprise,
parfois avec angoisse, parfois avec excitation, des capacités
paranormales. Claire Bennet (Hayden Panettiere) expérimente
l'invulnérabilité de son corps physique. A Tokyo, Hiro Nakamura
(Masi Oka) s'aperçoit avec une stupéfaction sans pareille qu'il est
capable d'influer sur l'espace-temps. Peter Petrelli (Milo
Ventimiglia) ressent d'étranges possibilités de lévitation. Niki
Sanders (Ali Larter), qui survit péniblement en se prêtant à des
strip-tease sur Internet, a l'impression qu'un être invisible se
manifeste près d'elle. Isaac Mendez (Santiago Cabrera) est sujet à
des visions prémonitoires qu'il traduit en peintures. Quant à
Mohinder Suresh (Sendhil Ramamurthy), il découvre que les travaux non
conformistes que son père, mort récemment, effectuait sur la
génétique, intéressent des personnages dangereux...
L'idée de départ est bonne, sans être révolutionnaire. Selon les
"Théosophes", les précurseurs de la future sixième race
commencent à faire leur apparition dans le monde actuel (5ème race).
Peut-être les "créatures" nées de l'imagination de Tim
Kring ont-elles quelque parenté avec ces êtres de l'avenir. Les prémisses de l'aventure ne s'annoncent pas
non plus sous un jour très
engageant. Les présentations de ces personnalités hors du commun
semblent tirer franchement, tant par le style que par le fond, vers le
fantastique primaire, façon BD, et non vers une approche sensée,
plus authentique, de véritables "pouvoirs" que développent,
par exemple, certains Yogis. Il ne fait guère de doute, alors, que la suite lorgnera
davantage du côté de "Spiderman",
de "Superman", ou de la "Ligue
des Gentlemen extraordinaires" que vers la poésie
fantastique de "Starman".
Le choix des acteurs est également un sujet d'étonnement. Sans
attendre forcément des physiques ou des personnalités hors du
"tout venant", il est tout de même surprenant de noter le
peu de charisme de la plupart des intervenants, quelques exceptions
mises à part (Mohinder Suresh, Noah Bennet (Jack Coleman) ou Nathan
Petrelli (Adrian Pasdar) entre autres). Si les
créateurs ont souhaité que nos "héros" ne diffèrent en
rien de monsieur et madame "tout le monde" , ils ont
parfaitement réussi leur entreprise. Heureusement, les créateurs ont
eu le bon goût et l'intelligence de s'appesantir sur la
"préparation" des futurs héros, sur leurs difficultés
d'adaptation au monde des humains lambda, sur les souffrances
endurées, les doutes permanents, ce qui donne aux diverses
personnalités une présence psychologique indéniable, assez loin des
robots primaires auxquels nous avons droit souvent dans ce genre
d'entreprise.
Bien plus, l'immersion dans le monde de ces
"sur-êtres" change assez rapidement la donne
originelle. Au fur et à mesure que l'on entre dans leur quotidien,
une alchimie subtile s'installe entre les composantes éparpillées,
des interdépendances stupéfiantes se créent, et un tableau
fascinant se dessine. C'est dans cette évolution complexe, dans la
capacité de rendre cette mosaïque cohérente, que l'on reconnaît le
génie des créateurs. Le monolithisme primitif des personnages se
lézarde, l'infantilisme apparent se fendille, ouvrant la porte à
des cataractes de revirements, à des abîmes d'ambiguïté, à une
richesse narrative intarissable, tout en établissant une tension
dramatique qui scotche le spectateur jusqu'à l'apocalypse finale (que
l'on aurait souhaitée un poil plus excitante...).
Drôlerie (Hiro Nakamura !...), suspense, émotion, drame,
fantastique, allers et retours dans le tissu temporel, angoisse, mystère, intimisme,
absence totale de manichéisme primaire (quasiment tous les
personnages recèlent une zone d'ombre plus ou moins étendue), toutes ces qualités et
beaucoup d'autres sont au rendez-vous. Une réussite exceptionnelle.
Film sur
IMDB