Fin du dix-neuvième siècle. Frank Hopkins
(Viggo Mortensen), demi-indien, participe au célèbre show de Buffalo
Bill (J.K. Simmons), en compagnie de son cheval mustang, Hidalgo. Aziz
(Adam Alexi-Malle), émissaire du Sheikh Riyadh (Omar Sharif), assiste à
ce spectacle et propose à Hopkins de participer à la grande course à
travers le désert, qui existe depuis dix siècles, l'"Océan de feu". La
récompense offerte au vainqueur, 100 000 dollars, serait fort utile aux
Sioux qui ont été réduits à la misère par les troupes gouvernementales.
Le jeune homme accepte et traverse l'océan à bord du "City of Paris".
Nombre de concurrents, tous Arabes, considèrent comme un sacrilège que,
pour la première fois, un "incroyant" ait le droit de participer à la
course. Ils sont cependant assurés de la supériorité incontestable de
leurs étalons "purs". Frank fait la connaissance d'une richissime
Anglaise, Lady Anne Davenport (Louise Lombard) qui fait concourir un
cheval exceptionnel. Elle est prête à tout pour qu'il remporte
l'épreuve, car la récompense qu'elle en attend serait l'autorisation de
faire saillir sa jument par Al Hatal, le meilleur des chevaux du
Sheik...
Viggo Mortensen serait-il le nouvel aventurier à la mode ? Depuis son
intronisation dans "Le retour du
Roi", un an plus tôt, il ne manque assurément pas du charisme
nécessaire, évoquant au commencement de l'histoire le Jack T. Colton
insolent et désinvolte de Michael Douglas dans "A la poursuite du diamant
vert". L'histoire est ici assez originale, faisant se
télescoper, sans entrer bien sûr dans une analyse profonde des
civilisations, le monde américain, déjà porteur de pensées novatrices,
libertaires, et le monde musulman, engoncé dans ses croyances
ancestrales. Les réductions simplificatrices sont évidemment le danger
premier de ce type de confrontation. Mais Joe Johnston est là
pour donner naissance, avant toute considération philosophique,
sociologique ou mystique, à une fresque aventureuse et, de ce fait, se
concentre sur les péripéties dramatiques qui remplissent honorablement
leur contrat. L'ensemble, sans être la révélation de la décennie, tient
assez bien la route (si l'on peut dire, puisqu'il n'y a que le sable à
perte de vue !), encore qu'une seconde ou troisième vision risque de
mettre en exergue le clinquant et le simplisme de l'épopée.
Cela supposé, ne soyons pas trop exigeants et apprécions les aspects
positifs qui donnent à cette aventure le goût des grands espaces :
paysages grandioses, dépaysement garanti, femme fatale, mirages,
tempêtes de sables, nuées de sauterelles, enlèvements... La panoplie
des épreuves déploie divers éléments efficaces, comme il se doit.
Pourtant, le réalisateur semble sous-utiliser certains de ces
ingrédients, comme s'il était aussi pressé que son héros d'arriver au
terme de la course ! C'est ainsi que les personnages secondaires,
hormis le Sheik Riyadh, se voient traités comme des ombres passagères,
qui ne sont manifestement là que parce qu'elles sont le moteur obligé
de péripéties indispensables. Leur personnalité passe quasiment à la
trappe. Celle de Frank également, d'ailleurs, car ses motivations
originelles (culpabilité d'avoir porté aux militaires un ordre qui
amènera une tuerie des Sioux) disparaissent aussitôt son arrivée dans
le désert, au profit d'une quête primaire de survie immédiate. Il est
donc indispensable de se satisfaire des séquences d'action qui nous
sont offertes, de l'élégance des pur-sang et de cette conclusion
évidente : le modèle du cow-boy, même rudimentaire, l'emporte sur celui
des fanatiques. On s'en serait douté...