Un collège huppé pour la
jeunesse dorée britannique. Liz Dunn (Thora Birch) réapparaît, hagarde,
au bord de l'épuisement total, après deux semaines de disparition. Le
docteur Philippa Horwood (Embeth Davidtz) parvient non sans mal à lui
faire raconter le drame qu'elle vient de vivre. Amoureuse du beau Mike
Steel (Desmond Harrington), fils d'un Rocker célèbre, elle souffrait de
ne recevoir aucune attention de sa part. Martyn Taylor (Daniel
Brocklebank), qui l'aime sans espoir, décide de lui prouver que Mike
n'est pas digne de son intérêt. Il lui propose un enfermement de trois
jours dans un bunker souterrain qu'il a découvert. Dans ce lieu secret
se retrouvent donc Liz, Mike, accompagnés de Frankie (Keira Knightley)
et de son amoureux Geoff Bingham (Laurence Fox). Mais, à la fin du
troisième jour, personne ne vient ouvrir la trappe...
Cette histoire fait immédiatement penser à un mélange du "Projet Blair Witch",
"Cursus fatal", ou autres "Sexcrimes". La survivante d'une
tragédie horrible et mystérieuse, un établissement où chacun cherche à
prendre le pouvoir par l'apparence, l'hypocrisie ou la manipulation,
une intrigue dont la simplicité primordiale se dilue petit à petit dans
un enchevêtrement de faux-semblants et de récits contradictoires...
Pendant une période assez longue, le spectacle, fondé sur un huis-clos
subtilement orchestré, sans effets grand-guignolesques, montre une
solide efficacité, réservant quelques poussées ponctuelles d'adrénaline
distillées à doses homéopathiques. Mais, fondamentalement, il ne se
démarque pas vraiment de ce qui a pu être vu auparavant. En revanche,
loin d'offrir un cheminement classique vers une conclusion dont
l'intérêt se centrerait sur un coup de théâtre à sensation purement
épidermique, le scénario s'enfonce dans un abîme psychologique qui
étonne, trouble et fascine. Même si, matériellement, la surprise dans
le dénouement ne joue pas à 100%, la métamorphose de cette histoire a
priori routinière dans son engagement, en une véritable tragédie de la
passion aliénatrice, soulève le film vers un sommet de véhémence
pathologique que l'on n'attendait pas.
De même, l'évolution du personnage incarné par Thora Birch, retient
particulièrement l'attention. D'abord adolescente frustrée, d'une
beauté "difficile", elle passe insensiblement du stade de victime
inhibée, minée par le désir et l'impuissance, à celui de sorcière
hallucinée, rongée par la folie d'une passion impitoyable.
Sans effets spéciaux clinquants, avec une grande économie de moyens,
dans un décor hermétique habilement exploité (on a par moments
l'impression que les mouches virevoltent autour de nous "pour de bon"),
le réalisateur transforme une banale aventure funèbre en un délirant
poème d'amour fou. Tout à fait passionnant...