Un étranger (Clint Eastwood)
arrive dans une petite ville perdue au bord d'un lac, Lago. L'acceuil
n'est pas des plus chaleureux. Quelques minutes après qu'il soit
descendu de cheval, trois individus l'insultent et se retrouvent,
illico, étendus raides morts sur le sable. Le Shériff, Sam Shaw
(Walter Barnes), convainc les personnages influents d'engager l'inconnu
afin de faire face à un danger imminent. En effet, Stacey Bridges
(Geoffrey Lewis), et deux de ses acolytes viennent d'être libérés de
prison. Ils ne manqueront pas de revenir faire un tour à Lago, puisque
c'est Sam qui les a fait incarcérer un an plus tôt...
Un homme taciturne, mystérieux, dont tout le monde ignore l'identité,
surgit de nulle part dans un but de vengeance aussi précis que
nébuleux. Le thème a été traité maintes fois dans le western depuis
le mythique "Un homme est passé" de John Sturges en 1955. Si
Clint Eastwood, jeune réalisateur dont c'est le second film après
"Un Frisson dans la nuit", se soumet aux codes du genre, il
n'en dynamite pas moins la manière dont le héros choisit de parvenir
à ses fins. Le revolver devient un instrument dérisoire, presque
secondaire, tandis que la prise de conscience des coupables et leur
châtiment s'opère par des voies tout à fait originales. Les trois
"méchants" avérés ne constituent, en fin de compte, qu'un
dessert vite expédié, après la dégustation de plats de résistance
patiemment ingérés. C'est en effet tout le village, personnage à part
entière, qui prépare, installe et subit la punition de la lâcheté
collective qu'il a manifestée quelques années plus tôt. Par la
conjonction d'humiliations (le nain Mordecai (Billy Curtis) nommé
Shériff), de ponctions pécuniaires, de commandements arbitraires,
d'exigences impérieuses, de délires symboliques (toutes les maisons du
villages peintes couleur sang), l'inconnu plonge de force le regard de
chaque habitant dans la vilénie de sa propre âme.
Sans avoir la profondeur dramatique de ses oeuvres récentes ("Mystic
River" ou "Million
Dollar Baby"), ce western en apparence banal vieillit
admirablement bien et conserve, aujourd'hui encore, une personnalité
magnétique intense.