Le
jeune Louis XIV (Leonardo DiCaprio) commence son règne sous de sombres
auspices. La guerre contre les Hollandais coûte cher et les Parisiens
n'ont plus rien à manger, sinon la nourriture avariée que le Monarque
leur distribue. La colère gronde. Les Jésuites eux-mêmes condamnent
cette politique militaire belliqueuse. Louis convoque Aramis (Jeremy
Irons), l'ancien mousquetaire devenu prêtre, et lui confie une mission
secrète : découvrir la personnalité du Général des Jésuites et le
supprimer. Pendant ce temps, le Roi tombe follement amoureux de
Christine Bellefort (Judith Godrèche), fiancée à Raoul de Bragelonne
(Peter Sarsgaard), fils d'Athos (John Malkovich). Pour parvenir à
séduire la belle sans problème, Raoul est envoyé au front, où il se
fait tuer. Athos, fou de douleur, entre avec Aramis et Porthos (Gérard
Depardieu), dans un complot visant à "remplacer" le Monarque.
Seul D'Artagnan (Gabriel Byrne) demeure fidèle à Louis...
L'histoire
de France est malmenée, c'est évident ! Elle l'avait déjà été
passablement par Alexandre Dumas, mais le résultat était génial !
Autant il est pitoyable de voir de prétendues adaptations de Monte
Cristo (cf. l'affligeante "Vengeance
de Monte-Cristo") défigurer et anéantir un roman quasiment
parfait, autant des variations sur le thème des Mousquetaires, beaucoup
plus lâche et malléable, est admissible, à condition que le bébé
qui résulte de la trituration possède des qualités énergétiques
captivantes. C'était loin d'être le cas, par exemple, de "La
fille de d'Artagnan" !
Dans
l'imaginaire créatif de Randall Wallace, scénariste par ailleurs de
"Braveheart", 'Pearl Harbor",
ou encore "We were soldiers",
souffle alternativement le froid et le chaud, le contestable et le
convaincant. Dans la première catégorie, se range de toute évidence
le Porthos de Gérard Depardieu, croisement affligeant entre un Obelix
lourdaud et un Bérurier ("San-Antonio")
pétomane. A oublier immédiatement. Il faut aussi mentionner le très
gros hameçon que le spectateur doit avaler à la fin de l'histoire. Si
l'on parvient à faire abstraction de ces obstacles, reconnaissons que
l'ensemble dramatique réserve quelques moments de belle émotion, tout
en conservant ce qui est le fondement même de l'union des quatre
mousquetaires : à savoir le service d'un idéal de noblesse et de
grandeur qui dépasse la personne physique du Roi. Le choix des acteurs
se révèle judicieux, en particulier dans le cas d'Athos et, surtout,
d'Aramis. Leonardo DiCaprio apporte la note d'inconscience et de
cruauté juvénile que le réalisateur a souhaité coller à la personne
du futur "Roi Soleil". La dramaturgie générale, pour osée
et primaire qu'elle soit, ne se révèle pas plus stupide que nombre
d'autres consoeurs, génératrices d'aventures aussi échevelées
qu'efficaces. Quelques raccourcis scénaristiques abrupts mettent
parfois à mal l'implication émotionnelle du spectateur. Pourtant,
globalement, cette épopée extravagante, à ne surtout pas prendre au
sérieux, ne se révèle pas la catastrophe absolue que certains ont
fustigée.