L'élection présidentielle approche. Mais,
catastrophe, l'occupant actuel de la Maison Blanche est accusé de
harcèlement sexuel par une jeune fille. Branle-bas de combat général.
Winifred Ames (Anne Heche), conseillère du Président, fait appel à
Conrad Brean (Robert de Niro), un spécialiste de la communication pour
tenter d'endiguer le scandale imminent. Ce dernier contacte un
producteur hollywoodien, Stanley Motss (Dustin Hoffman). Les deux
hommes ont l'idée géniale de détourner l'attention du public sur une
crise internationale aussi dramatique qu'inventée : la guerre que
l'Amérique prépare contre l'Albanie et ses terroristes...
Barry Levinson a tourné ce film en un petit mois suite au retard pris
par sa réalisation "Sphère" (assez peu passionnante, d'ailleurs, soit
dit en passant). On assiste, sans véritable surprise, à la mise en
scène démentielle d'un événement virtuel, et à la manipulation
télévisuelle des masses. Pourquoi sans grande surprise, alors que la
pilule à avaler est énorme ? Tout simplement pour deux raisons
majeures. D'une part, si l'on réfléchit ne serait-ce qu'un tout petit
peu, on est conscient que nous sommes formatés du matin au soir par
tous les médias qui nous sont imposés et qu'il est impossible de
vérifier la plus petite information qui nous est livrée. D'autre part,
surtout, parce que le film revendique son statut de grosse farce,
assurément plaisante, jouissante par moments, bien défendue par un de
Niro sobre dans son délire, et un Dustin Hoffman mégalomane à souhait,
qui fait attendre le Président au téléphone pour finir son histoire
d'éléphant, mais dont la progression ne s'élève jamais au-dessus du
gag, aussi énorme soit-il. Certes l'humour est un moyen remarquable et
efficace pour fouiller là où ça fait mal et débusquer l'abcès afin de
mieux le percer, mais un minimum de crédibilité est nécessaire et
l'enlisement dans le farfelu ou le grotesque (l'inénarrable soldat
Schumann de Woody Harrelson !) n'est peut-être pas idéal pour éveiller
la masse de son hypnose.
En ce qui me concerne, plutôt qu'un pamphlet caustique et dénonciateur
de la dictature du virtuel, ce qu'il est dans son fondement, j'en
conviens, j'y vois plutôt une comédie superficielle au résultat lisse
et sage qui ravale un sujet capital au niveau de bluette
inoffensive et habilement calibrée pour que la dénonciation ne surpasse
jamais le divertissement.
Pour ce qui est du fond, sujet primordial s'il en est !, il peut être
très enrichissant de lire les " Livre jaune 5" et "Livre
jaune 6" (Editions Felix), ainsi que l'original : "
Les sociétés
secrètes et leur pouvoir au XXème siècle", qui, même si leur contenu ne se prétend
pas fiable à 100%, ont l'immense mérite d'ouvrir le regard de l'être
humain sur d'autres visions de l'histoire passée et du futur en marche,
et de mettre en route un questionnement adulte sur le monde qui nous
est montré.