Angelo Pardi (Olivier Martinez) est un Colonel de Hussards Italien
en exil. Son rêve est de libérer l'Italie du joug Autrichien. Pour
cette raison, il est condamné à mort à Turin. Réfugié à Aix en
Provence, il échappe de peu à des espions venus de Vienne pour
décimer les rebelles italiens. Son ami Giacomo (Paul Chevillard), est
d'ailleurs assassiné. Dans sa fuite vers Manosque, où il compte
retrouver l'un de ses compatriotes, il plonge en pleine épidémie de
choléra, manque d'être lynché par une foule en transes qui le prend
pour un empoisonneur, se voit rejoint par les assassins autrichiens,
leur échappe encore, fait la connaissance d'une jolie préceptrice
amatrice de littérature (Isabelle Carré), etc...
Jean-Paul Rappeneau, âgé de 71 ans, nous a prouvé, récemment, avec
"Bon voyage", qu'il n'avait
rien perdu de son inventivité et de son sens inné du rythme. Bien
avant cela, il nous avait gratifiés d'un nombre d'oeuvres
restreint, mais quasiment toutes délectables, de "La vie
de château" en 1966, à un mémorable "Cyrano
de Bergerac" (1990), en passant par des aventures
jubilatoires, style "les Mariés de l'an II" (1971), ou
"Le Sauvage" (1975). Ici, il ne déroge pas à sa règle. Si
certains films possèdent un scénario rachitique, qui tiendrait sur
un (ex) ticket de métro, celui-ci, dans sa première demi-heure,
recèle plus de richesse événementielle que nombre de réalisations
en cent minutes ! Poursuivi par de méchants Teutons, se heurtant, à
chaque seconde, à des cadavres en décomposition, à la vindicte
d'une foule hystérique, Angelo traverse des lieux divers à la
vitesse de l'éclair, se bat, rencontre des personnages qui
disparaissent trente secondes plus tard, fuit à nouveau, essuie des
coups de feu, se casse la figure sur les toits, rencontre de
charmantes damoiselles... Bref, tout cela relève d'un volcanisme
échevelé, d'une excitation brouillonne, d'une accumulation
hétéroclite, qui, pour une fois, masquent difficilement une
artificialité gênante. Les protagonistes sont des sortes d'ombres
chinoises, presque impalpables, qui n'existent que dans l'agitation
chaotique de leurs personnages.
Pour quelles raisons ce rythme échevelé, qui conduisait à une
réussite jouissive dans "Les Mariés de l'an II", par
exemple, semble-t-il dans le cas présent, révéler surtout une
vacuité constante, une superficialité chronique... ? Quelques
explications, peut-être, parmi d'autres. Tout d'abord, le fait que la
comédie, toujours sous-jacente aux drames qui émaillent les récits
du réalisateur, se fait ici difficilement sentir. La trame semble
hésiter entre les deux mondes opposés, opérer un grand écart
hasardeux. Le second handicap tient sans doute à la distribution.
Olivier Martinez, dont la nervosité orale et physique tient lieu
d'expression, est loin de posséder le naturel, la classe, le
panache, l'aura magique, spontanée, éruptive, de Belmondo ou de
Montand. Même François Cluzet, d'ordinaire excellent, se montre
relativement maladroit dans son petit rôle. Comme si l'excès
hystérique qui lui est demandé dépassait manifestement le niveau
énergétique compatible avec sa situation. Un troisième handicap,
majeur, réside dans un cruel manque d'enjeu scénaristique. Durant
plus d'une heure, notre Hussard a pour but annoncé de regagner
son pays natal, afin de donner l'argent amassé par ses compatriotes
à ses frères d'armes, peut-être aussi afin de retrouver sa mère
qui, manifestement, lui manque. Mais ce dessein demeure bien vague,
flou, incapable d'insuffler un intérêt majeur aux élans anarchiques
du jeune homme.
Lorsque l'agitation de la première partie se calme, c'est un ennui
distingué qui prend le relais, un comble chez Rappeneau qui,
d'ordinaire, donne au spectateur l'impression que ce mot n'a jamais
existé dans la langue française ! Malgré la finesse distinguée de
Juliette Binoche, la machine semble tourner à vide. Pourtant, outre
Jean Giono, auteur du récit, deux scénaristes (et non des moindres,
en l'occurrence Nina Companeez et Jean-Claude Carrière ! ) se sont
joints à Jean-Paul Rappeneau pour ciseler le bijou ! N'ayant jamais
lu le roman de Giono, j'ignore totalement quelles sont les relations
(intimes ou non) entre le roman originel et cette adaptation. En
revanche, le souvenir que me laisse l'oeuvre cinématographique est
double : une reconstitution historique tout à fait horrible, (donc
très réussie !), de cette période épidémique, mais, surtout, une
grosse déception dans la filmographie enthousiasmante de Jean-Paul
Rappeneau...