Marc Jarry (Gabriel Cattand) vient d'être réélu
pour un second mandat présidentiel. Au cours d'un déplacement en
voiture décapotable, au milieu de la foule en liesse, il est abattu de
trois balles. Immédiatement le coupable est désigné. Il s'agit de Karl
Eric Daslow (Didier Sauvegrain), qui, effectivement, se trouvait sur la
terrasse d'un building proche du lieu de l'attentat. Le problème est
que l'arme préparée pour Daslow ne comportait qu'un chargeur
vide ! Lorsqu'il se prépare à fuir, un inconnu surgit et le
tue d'un coup de révolver. Un an plus tard, la commission d'enquête
s'apprête à rendre ses conclusions : Daslow est le seul coupable, et il
s'est suicidé avant d'être arrêté. Mais, à la surprise de
tous, l'un des membres de la commission refuse de signer le rapport. Il
s'agit du procureur Henry Volney (Yves Montand)...
A côté de ses oeuvres purement policières ("Peur sur la
ville", "Le clan des Siciliens",
"Le casse"), Henri Verneuil s'est également tourné vers ce qu'on
pourrait qualifier de thrillers socio-politico-financiers, tels "Mille milliards de dollars" et ce film-ci. Inspiré, à l'évidence, de l'assassinat du Président Kennedy, avec un Procureur Volney qui évoque bien sûr le Jim Garrison de "JFK",
le scénario ne possède pas la richesse de celui que composera Oliver
Stone douze ans plus tard. Il faut d'abord accepter le postulat
de base, à savoir que l'enquête semble commencer réellement un an après
l'assassinat de Jarry. Un esprit tatillon pourra se demander pour
quelle raison le pointilleux et scrupuleux personnage campé
magnifiquement par Yves Montand n'a pas effectué toutes les démarches
que l'on découvre dans le récit durant l'année au cours de laquelle la
commission d'enquête a travaillé. Mais, une fois ce point accepté, le
spectateur se laisse facilement emporter par le travail d'investigation
auquel se livre le Procureur. qui, sans être particulièrement original,
est suffisamment captivant pour égaler nombre de thrillers purs et
durs. Mais ce qui fait surtout le prix de cette oeuvre, c'est sans
conteste la partie consacrée au Professeur David Naggara (Roger
Planchon), inspirée des expériences réelles effectuées de 1960 à 1963 à l'Université de Yale par Stanley Milgram. A partir d'une expérience que l'on pourrait qualifier de
(faussement) "bête et méchante", s'opère une réflexion passionnante et
vertigineuse sur la composante "moutonne" de l'être humain et, par voie
de conséquence, sur l'aisance avec laquelle un état totalitaire ou
fasciste utilise la masse des concitoyens pour travailler à son oeuvre
de nuisance et développer n'importe quelle monstruosité en morcelant
les responsabilités. Tout simplement terrifiant....