Chicago, 2035. Le
monde est désormais partagé entre humains et robots. Ceux-ci obéissent
à des lois strictes. La première est qu'ils ne peuvent, en aucun cas,
attenter à la vie des êtres vivants. Del Spooner (Will Smith),
inspecteur de police, apprend un jour que son ami, le Docteur Alfred
Lanning (James Cromwell), principal concepteur des robots fabriqués par
la firme du tout puissant Lawrence Robertson (Bruce Greenwood), vient
de se suicider. Del se rend sur les lieux, et se fait agresser par un
robot de la nouvelle génération NS 5, Sonny, qui se dissimulait dans la
salle d'où Lanning se serait jeté dans le vide. Les policiers
parviennent, difficilement, à capturer l'engin, mais un ordre émanant
du Maire oblige le Lieutenant John Bergin (Chi McBride) à remettre le
robot à Robertson, afin qu'il soit détruit. Del comprend qu'un mystère
se cache derrière ce prétendu suicide, et tente de convaincre Susan
Calvin (Bridget Moynahan), employée par la firme, de l'aider à faire
toute la lumière...
Au-delà de la simple et traditionnelle aventure de science-fiction avec
difficilie cohabitation de l'homme et de la machine, l'histoire aborde
la réflexion plus générale des rapports de la créature et de son
créateur. L'une des sources les plus célèbres est l'illustration
qu'avait réalisée de ce sujet Mary Shelley dans son roman "Frankenstein", souvent
porté à l'écran. Nombre de films abordant ce sujet recentrent
leur propos sur cette question troublante : comment naît la conscience
individuelle ? N'y a-t-il pas un moment où, inéluctablement,
une machine voit naître dans les ramifications de ses circuits un germe
d'individualité, de libre-arbitre ? Voire de sentiment ou d'émotion ?
Interrogation d'autant plus passionnante qu'approche à grandes
enjambées le moment où elle se posera de manière tout à fait réelle
dans notre vie quotidienne ! Il suffit de se pencher quelque peu sur
les possibilités qui s'ouvrent, par exemple, grâce aux "Nanotechnologies", pour éprouver
autant d'angoisse que de fascination devant les lendemains robotisés
qui nous attendent !
Del, allergique aux robots, se trouve donc confronté à ce cauchemar
tant redouté : reprogrammés par une main invisible, les machines
deviennent les maîtres de la civilisation. Si l'histoire en elle-même
n'est pas d'une folle invention, si certains retournements de situation
sont hautement prévisibles, si les personnages humains ont l'épaisseur
minimale que l'on observe dans la grande majorité des séries B,
l'ensemble ne manque tout de même pas d'intérêt. D'une part, en raison
de la créature Sonny, qui découvre, dans la mission qui lui a été
confiée, les rudiments des réactions humaines. D'autre part, en raison
d'un décor futuriste assez fascinant, dans lequel hommes et machines se
côtoient quotidiennement. Les légions de robots NS 5, aux visages
ovales et blafards, composent des images assez inoubliables. Dommage,
en revanche, que les sempiternelles courses-poursuites en images de
synthèses, souvent à la limite du jeu video, prennent une place
surdimensionnée (à mon goût !).
En paraphrasant Spooner, on pourrait dire : "il est impossible de
soutenir que nous n'aurons pas été prévenus !...". Demain sera
peut-être passionnant à observer, mais à vivre, ce sera sans doute une
autre paire de manches ! Heureusement, il y aura encore des Audi...
C'est déjà ça...