Malcolm
Rivers (Pruitt Taylor Vince), un redoutable tueur, a été condamné à
mort. La veille de son exécution, son défenseur demande au Juge un
entretien exceptionnel, le journal intime du coupable ayant été
retrouvé. Les écrits qui y figurent prouvent, selon le docteur Malick
(Alfred Molina), une aliénation à base de personnalités multiples. Or
un assassin atteint de maladie mentale ne peut pas être exécuté.
Pendant ce temps, dans un motel isolé, divers personnages se retrouvent
bloqués par une pluie diluvienne qui a coupé les routes. Parmi eux,
figurent un policier, Rhodes (Ray Liotta) accompagné d'un dangereux
prisonnier, Robert Maine (Jake Busey)...
Les "Dix petits nègres" revus et "corrigés" à la sauce psychanalytique
! Dans un décor glauque à souhait, où ruissellent des tonnes de pluie,
des êtres qu'un mystérieux hasard a rassemblés là, se voient les
victimes d'un étrange éliminateur. La quasi-totalité du film se déroule
pendant la nuit et l'atmosphère angoissante est incontestablement bien
rendue. Les personnages, hétéroclites, se comportent comme tous les
bons sujets des films d'horreur : ils crient, paniquent, accusent à
tort et à travers, tentent de comprendre ce qui leur arrive, et,
inéluctablement, se font trucider le moment venu. Jusque là, rien de
foncièrement original, côté scénario, mais une réussite de bon aloi,
côté climat oppressant. Les protagonistes, dont certains (Caroline
Suzanne (Rebecca DeMornay)), ne font qu'une courte apparition, ne
manquent ni de charisme, ni de caractérisation, même si celle-ci est
réduite au strict minimum expressif. Le montage des premières scènes,
composé par micro allers et retours dans le temps, parvient à donner
l'envie de voir où l'originalité primaire du réalisateur peut
aboutir.
Puis James Mangold, qui, apparemment aime le surnaturel (voir son "Kate
et Leopold", sorti deux ans auparavant), donne la clé de cette
hécatombe. Dès lors, se reproduit le bouleversement éùotionnel que nous
a fait vivre M. Night Shyamalan à diverses reprises, génialement dans "Sixième sens", brillamment (?) dans "Le
Village",
et de manière beaucoup moins convaincante, à mon sens, dans
"Incassable" et "Signes" : une rupture dans la
logique horrifique pépère du récit qui, suivant le degré d'intégration,
d'acceptation, d'implication du spectateur, paraît passionnante,
inventive ou d'un grotesque inacceptable. Peut-être est-ce un nouveau
procédé retors destiné à pallier la carence d'originalité d'une trame
usée, en bifurquant sur une voie détournée, non balisée, puisque la
recette nous a été servie à plusieurs reprises depuis quelques années,
et dernièrement encore, de manière péremptoire, par Joseph Ruben dans
sa "Mémoire effacée". Alors, roublardise ou trouvaille
intelligente ? A chacun de se faire une opinion. Pour ma part,
contrairement à certains critiques qui ont honni la fin, je trouve
celle-ci d'une logique primitive, agaçante, certes, mais
quasiment obligatoire.