Juan Miranda (Rod Steiger) a
pour profession de détrousser les voyageurs en compagnie de ses
nombreux enfants. Il fait un jour la connaissance d'un étrange
personnage circulant à moto, John H. Mallory (James Coburn). Celui-ci,
révolutionnaire Irlandais dont la tête est mise à prix, se
révèle un spécialiste des explosifs. Dès lors, Juan n'a plus qu'une
idée : utiliser les compétences de John pour dévaliser la banque de
Mesa Verde. Lorsque les deux hommes et leurs compagnons arrivent à
destination, ils découvrent une ville terrorisée par les soldats du
général Huerta (Franco Graziosi). Seconde surprise, la banque ne
renferme que des prisonniers politiques, les fonds ayant été
transférés à Mexico un mois plus tôt...
Au premier abord, on est plutôt surpris de voir que ce film est sorti
trois ans après le sublime "Il
était une fois dans l'Ouest". Il paraît en effet le proche
parent du "Bon, la Brute, le Truand",
tant par sa construction générale que par son approche
cinématographique. Mais c'est peut-être une impression illusoire. Car,
si la longue première partie, consacrée à la rencontre de Juan et de
John renvoie incontestablement aux styles antérieurs, Sergio Leone
quitte ensuite le domaine intimiste, individualiste, pour une approche
sociale dramatique qu'il développera dans "Il
était une fois en Amérique" et qui aurait sans nul doute
trouvé son épanouissement total dans "Il était une fois en
Russie", si la mort ne l'avait frappé avant la réalisation du
projet. L'histoire et les tragédies qu'elle impose avait déjà été
abordée dans "Il était une
fois dans l'Ouest", mais en simple toile de fond. Ici, le
réalisateur commence une réflexion sur la notion de révolution,
établissant, dans les réminiscences de John, un parallèle entre la
rébellion de L'IRA irlandaise et celle des Mexicains, sous la conduite
de Pancho Villa. En quelques scènes à la sécheresse particulièrement
efficace (en particulier les exécutions sommaires qui déciment tous
les opposants au tyran Huerta), Leone impose une atmosphère morbide,
poignante, cassant brutalement le ton bon enfant qui avait commencé à
s'installer dans la première heure. L'épopée des deux compères,
antagonistes, comme il se doit, se fond progressivement dans un creuset
qui dépasse largement leurs mésaventures individuelles. A la sortie du
film, s'impose la sensation que nous avons définitivement quitté
l'univers théâtral, ludiquement artificiel, qui avait fait les beaux
jours des anciens westerns. Cette position charnière n'est pas sans
inconvénient. D'autant plus que, malgré leur expressivité, Rod
Steiger et James Coburn ne nous font pas oublier, loin de là, le
hiératisme sadique de Henry Fonda, le charme ténébreux de Clint
Eastwood ou le regard intense de Charles Bronson. L'envoûtement
magnétique, magique, de "Il
était une fois dans l'Ouest" a disparu, alors que la
mélancolie méditative qui inondera "Il
était une fois en Amérique" n'a pas encore éclos. Mais il
serait particulièrement injuste de méconnaître les qualités
intrinsèques de cette fresque, dont le seul handicap est peut-être de
s'intercaler entre deux chefs-d'oeuvres absolus... Et, encore une fois,
quelle musique mémorable...