Eisenheim (Edward Norton) est un illusionniste particulièrement
brillant. Il séduit la foule des Viennois qui, en cette fin de
dix-neuvième siècle, viennent admirer ses tours de magie. Depuis son
enfance, il est amoureux de la Duchesse Sophie von Teschen (Jessica
Biel). Par malheur, présentement, elle est promise à l'héritier du
trône, le Prince Leopold (Rufus Sewell). Celui-ci a la réputation
d'être violent avec les femmes. Et, comme si cela ne suffisait pas,
pressé d'accéder au trône, il envisage de destituer son père...
La magie est un thème en or pour le cinéma. Les trucages numériques
modernes permettent à l'imagination de voir réalisées toutes ses
créations. Lorsque se greffe une belle histoire d'amour, et que le
héros est campé par un Edward Norton, toujours aussi charismatique et
envoûtant, le résultat promet d'être passionnant. Il l'est,
effectivement, même si certains bémols tempèrent quelque peu
l'enthousiasme.
Au nombre des (bonnes) qualités, une atmosphère sombre, mystérieuse,
parfois presque menaçante, qui installe l'histoire dans un écrin
véritablement magique. C'est la moindre des choses, pourra-t-on
rétorquer, pour une oeuvre qui fonde son scénario sur la personnalité
d'un illusionniste de génie. Le réalisateur scénariste a su adapter
les prétendus numéros de son héros, de manière à élever le drame
jusqu'à un niveau où spiritualité et symbolisme (la trouvaille de
l'épée Excalibur), rendent visite à notre monde matériel aux lois
rigides et aux limitations rassurantes. Même si l'histoire est très
simple, la tension ne fait jamais défaut, et le dénouement se révèle
aussi habile que surprenant.
Au nombre des qualités plus discutables, un grand classicisme, tout
d'abord. Sans être un défaut à proprement parler, il bride tout de
même de façon dommageable la liberté créatrice qui aurait pu donner
à l'oeuvre une aura magnétique plus stimulante. Le mystère réside
dans les effets visuels qui nous sont présentés, mais pas vraiment
dans la manière dont la narration s'opère. Les personnages eux-mêmes
sont en majorité monolithiques. Peu ou pas d'évolution au cours du
récit. Le "gentil" demeure gentil, le méchant le restera
jusqu'au bout. En fin de compte, c'est l'Inspecteur Uhl (Paul Giamatti),
qui se révèle le plus riche. Ecartelé entre admiration sans bornes
devant le génie d'Eisenheim et soumission au Prince qui aura le pouvoir
de satisfaire son ambition, il est quasiment le seul à connaître une
torture intérieure qui le rend profondément humain. Autre point
regrettable : un certain manque d'inventivité dans les dialogues. On se
surprend, parfois, à vouloir placer dans la bouche des protagonistes
des développements plus riches que les répliques simples insérées
par le scénariste. La trame elle-même paraît un peu légère,
obligeant l'histoire à compenser, par des numéros heureusement
fascinants et intelligemment progressifs, le manque de richesse
événementielle de l'ensemble. Mais ce ne sont là que regrets
superficiels, justifiés par le fait que l'on aurait aimé que ce conte
merveilleux ose encore plus, recule les limites imposées par la
construction traditionnelle adoptée. Christopher Nolan y parviendra
dans "Le Prestige". Mais, telle quelle, l'histoire est
déjà plus que passionnante.
N.B. Un autre bémol, tout aussi subjectif, concerne la musique de
Philip Glass "Koyaanisqatsi"),
qui, malgré des thèmes "prenants", n'est décidément pas un
compositeur agréable à mes oreilles. Sa musique "épaisse", répétitive, stressante, se révèle
particulièrement indigeste nerveusement...