William 'Bill' Munny (Clint Eastwood) a été, dans
sa jeunesse, un tueur sans pitié. Mais son mariage avec Claudia l'a
définitivement éloigné du vice. Elle meurt en 1878 et il demeure
seul avec ses deux enfants, élevant des porcs et menant une vie assez
misérable. Un jour de 1880, il reçoit la visite d'un jeune homme, le
Kid de Schofield (Jaimz Woolvett), désireux de trouver un équipier
pour une mission : descendre les deux cow-boys qui ont défiguré
Delilah Fitzgerald (Anna Levine), une prostituée de Big Whiskey. Les
amies de celle-ci ont promis une récompense de mille dollars à qui
exécuterait les responsables. William, d'abord réticent, finit par
accepter la proposition et passe prendre son ami de toujours, Ned
Logan (Morgan Freeman). Les trois hommes arrivent à Big Whiskey. Mais
la ville est sous la coupe du Shérif Little Bill Daggett (Gene
Hackman), qui fait régner la terreur sur son territoire...
Les chevaux et les grands espaces sont toujours là, comme dans les
westerns mythiques de John Ford, Anthony Mann, Howard Hawks ou Henry
King. Mais les hommes, les héros brillants de jadis, ont bien changé
! Profondément inspiré par le déclin de la vie et la somme de
réflexions qui l'accompagne, Clint Eastwood nous offre, depuis une
dizaine de films, de magnifiques variations méditatives sur le
crépuscule de personnages usés par la souffrance, le remords ou la
culpabilité. Celui de Bill Munny est sans doute l'un des plus sombres
qu'ait incarné l'acteur. Impitoyable, il l'est sans doute. Mais
surtout pitoyable, comme d'ailleurs la plus grande partie des
protagonistes de l'histoire. Le visage défait, incapable de monter
sur un cheval sans se retoruver le cul par terre, William n'est plus
que l'ombre sinistre du brillant pistolero qu'il a dû être. Ses
cauchemars sont peuplés de spectres et de cadavres rongés par la
vermine. Quant à ses compagnons ou ennemis, ils ne sont guère mieux
lotis. Ned porte sur ses épaules une tristesse nostalgique ; Little
Bill, incarné par un Gene Hackman toujours aussi magnétique, qui
retrouve là un rôle cousin du shérif sadique affiché dans "Mort
ou vif", partage ses journées entre la construction bâtarde
de sa maison, ses souvenirs glorieux et, accessoirement, ses sursauts
de cruauté ; les prostituées survivent tant bien que mal, sans autre
espoir, dans leur vie carcérale, que la punition de deux salauds ;
quant à la jeunesse, la génération-relève, représentée par le
Kid, elle n'est guère plus brillante, puisqu'il est à moitié
aveugle ! Déchéance des hommes, déclin d'un mode de vie juvénile
et anarchique, mais aussi crépuscule d'un genre cinématographique
qui a définitivement tourné la page des chevauchées majestueuses et
des braves triomphants à la mode Zorro. Chacun vit dans le souvenir,
plus ou moins enjolivé, dénaturé, de ce qu'il a été ou aurait
voulu être (le cas de English Bob (Richard Harris) est, sur ce point,
particulièrement édifiant). Trait d'union entre les diverses
facettes humaines qui s'affrontent, le soi-disant écrivain W.W.
Beauchamp (Saul Rubinek), se nourrit, lui aussi, de ce qu'il ne sera
jamais, à travers les récits prestigieux de ses "sujets".
De toute manière, la vérité des faits et des comportements compte
bien peu. Le présent est sombre, décadent, et gorgé d'une
médiocrité douloureuse. Même le but que font miroiter devant eux
les vengeurs ne fait pas longtemps illusion, tant il paraît un
dérisoire prétexte.
Emouvante méditation sur la précarité de la vie, la
responsabilité, et le karma. La musique, discrète, nostalgique,
accompagne à merveille cette agonie programmée des hommes et de
leurs rêves.