Le
docteur Matt Fowler (Tom Wilkinson) mène une vie paisible avec sa
femme, Ruth (Sissy Spacek) et leur fils Frank (Nick Stahl), dont la
passion, durant les vacances universitaires, est de pêcher le homard.
Frank s'est amouraché de la belle Natalie Strout (Marisa Tomei), mère
de deux garçons, Jason (Camden Munson) et Duncan (Christopher Adams).
Mais le divorce n'est pas encore prononcé, et le père des enfants,
Richard (William Mapother) se montre de plus en plus agressif...
Il est de bon ton, dans les ouvertures de films, de confondre vie et
agitation, mouvement et brusquerie, pétulance et surexcitation. Cette
mode donne naissance à des résultats souvent brillants, au vernis
éblouissant, mais dont l'élaboration artificielle et la
superficialité notoire ne peuvent se dissimuler. Rien de tout cela ici.
La caméra pénètre dans l'intimité de cette famille avec une
délicatesse, une pudeur infinies. Elle donne l'impression d'oser à
peine se faire voyeuse, d'exacerber sa discrétion afin de ne pas
troubler le sanctuaire privé dans lequel elle s'introduit. Une période
d'adaptation est nécessaire pour faire connaissance avec ces
personnages qui ne se livrent que progressivement, un peu comme
l'étranger solitaire introduit dans une réunion familiale, qui sera
noyé, dans un premier temps, sous le flot des présentations et
incapable de faire le lien entre les différents participants.
Puis l'on entre, toujours à pas feutrés, dans le drame. Le thème est
quasiment celui que développe Sean Penn dans "Crossing
guard". Mais le
traitement diffère radicalement. Là où Sean Penn, en écorché vif,
utilisait à merveille Jack Nicholson pour mettre à jour des tempêtes
viscérales, Todd Field développe avec une lenteur extrême, mais
jamais pesante, l'interminable souffrance qui naît de la disparition
d'un enfant. Il justapose dans la pudeur et la réserve, les scènes
quotidiennes où le mental tente de masquer, sous la banalité des
paroles et des gestes, le volcan intérieur qui bouillonne. Attente
anxieuse de la condamnation qui prend l'apparence trompeuse du
baume cicatrisateur de la blessure. Puissance cancérigène des
objets évocateurs. Incapacité de communiquer sa souffrance à l'autre.
Observation subtile des phases que traverse, inéluctablement, l'esprit
: refus, colère, agressivité, culpabilisation de soi et de l'autre,
déversement des non-dits... Tout cela est amené avec une profonde
humanité et un jeu tout en finesse des acteurs.
La fin interpelle par un radicalisme tranchant de manière abrupte avec
le calme trompeur qui s'est développé durant les quatre-vingt dix
premières minutes. Mais, bien qu'elle puisse choquer le contemplateur
objectif, elle s'inscrit dans une logique implacable de quête
d'apaisement, incapable de franchir l'abîme de la haine pour découvrir
le pardon.
Une merveille de sensibilité et de justesse psychologique.