Frannie (Meg Ryan) est professeur de lettres. Elle vit seule. Sa
soeur Pauline (Jennifer Jason Lee) travaille dans une boîte de strip
tease. Un jour, Frannie reçoit la visite de l'Inspecteur Malloy (Mark
Ruffalo). Il enquête sur l'assassinat d'une jeune fille, dont l'un
des membres a été retrouvé dans le jardin de la résidence où
habite la jeune femme. Il serait même possible que Frannie ait vu la
morte quelques heures avant d'être tuée, dans un bar où elle avait
bu en compagnie d'un élève, Cornelius Webb (Sharrieff Pugh). Mais
Malloy ne s'y trouvait-il pas également, bien qu'il le nie ? Tandis
qu'un nouveau meurtre est perpétré, Frannie passe une nuit avec
Malloy...
Désarmant mélange de genres que cette histoire ténébreuse. Jane
Campion aime assurément les atmosphères glauques, voire malsaines,
qu'elle a d'ailleurs l'art de rendre palpables. Dans "La
leçon de piano", nous plongions au sein d'un décor sauvage,
brumeux, dans une jungle physique et dans un enchevêtrement de
pulsions primaires. Ici, nous sommes au coeur de la ville moderne,
dans le monde contemporain, qui n'est pas moins sauvage et
générateur d'instincts tout aussi violents. A la fois drame
psychanalytique (Frannie est gorgée de désirs inavoués, refoulés),
film policier, thriller, film érotique sombre avec une certaine
crudité que l'on n'attendait pas, l'oeuvre est protéiforme,
complexe. Les personnages, dont l'incommunicabilité chronique rejoint
celle de "La leçon de piano",
n'en sont pas moins manifestement riches de sentiments inexprimés.
Frannie se gorge de pensées lues dans les stations de métro ;
Pauline rêve de se marier au moins une fois ; Malloy, qui donne
l'impression d'être aussi romantique qu'une bûche, recèle sans
doute une vraie richesse intérieure tout en se montrant fort ambigu.
Mais, s'ils possèdent tous une originalité manifeste (étonnant John
Graham, avec un Kevin Bacon hirsute et déjanté), s'ils sont tous
insérés dans un écrin insolite et sordide à souhait, une
impression tenace de vacuite persiste néanmoins tout au long de
l'histoire. Le scénario donne la sensation de tourner en rond, à
l'instar des protagonistes, et le parti-pris de plans inattendus ou
étranges tourne au procédé artificiel, sans doute parce que la
chair des individus est remplacée par une abstraction impalpable.
L'intérêt premier du film est de faire sortir Meg Ryan, d'une
manière convaincante, de ses rôles habituels, gentillets,
tranquilles ou proprets. Quelques fugaces instants marquent le
souvenir. Pourtant l'ensemble demeure décevant, tant sur le plan du
canevas dramatique, que sur celui du drame humain.