David Dunn (Bruce Willis)
est agent de sécurité au stade de l'Université de Philadelphie. Au
cours de son voyage de retour de New York, son train déraille. Il est
le seul survivant et, phénomène plus étrange encore, il n'a pas une
seule égratignure ! Quelques jours après, il est contacté par un homme
noir, Elijah Price (Samuel L. Jackson), propriétaire d'une galerie
consacrée aux bandes dessinées. Elijah est l'inverse quasi absolu de
David : atteint d'une maladie rare depuis sa naissance, ses os se
brisent comme du verre. Il tente de faire partager à celui qu'il
considère comme un super-héros, une conception de la vie aussi étrange
que personnelle...
Certains films de M.Night Shyamalan se bonifieraient-ils avec le temps
? Ou est-ce simplement une question de réceptivité volatile ? Toujours
est-il que ce film, qui ne m'avait guère enthousiasmé lors de sa
sortie, m'apparaît aujourd'hui intéressant et générateur de multiples
réflexions enrichissantes. Le problème, avec les oeuvres du
réalisateur, exception faite de "Sixième
Sens", qui possède une trame épurée et une intensité sobre,
est que la résolution de l'énigme posée flirte toujours avec le
contestable, le dérangeant, voire le grotesque, pour ceux qui
n'apprécient pas le type de retournements finaux adoptés. C'est
particulièrement le cas pour "Le
Village", qui, après avoir installé de manière plus que
convaincante, un univers profondément original, hors du temps, casse
brusquement le cocon par un choix pour le moins... étonnant.
Dans le cas présent, reconnaissons que la construction de l'histoire,
un instant bousculée par une analogie avec les bandes dessinées, qui
peut légitimement paraître... farfelue, se révèle en fin de compte
solide et logique. L'exploration des extrêmes, du Bien et du Mal, du
Héros et du "Méchant", est ici opérée avec une optique que l'on
rencontre assez rarement. Si le Héros est, comme il se doit (voir
"Superman", "X-Men"...),
ignorant de ses pouvoirs exceptionnels, troublé par eux, le
représentant de l'Ombre cumule la négativité inhérente à son état, mais
aussi la positivité, dans la mesure où il permet la révélation de la
puissance protectrice de son adversaire. Alors, récit subtilement
initiatique, ou composition à la naïveté subtilement manipulatrice ?
Chacun répondra avec ses critères. Ce qui est certain, c'est que le
réalisateur mène son drame avec une conviction communicative, qui,
heureusement, se bonifie avec l'évolution des personnages, car, au
commencement, la vraisemblance (psychologique surtout), n'était pas des
plus affirmées. Une fois le coup de théâtre final franchi, il sera
enrichissant de réfléchir sur la place du fort et du faible dans le
cycle de la Vie, ainsi que sur le but majeur des stages de
développement de soi : à savoir la découverte du "Héros" symbolique en
soi, et celle de sa "Mission".