Allan Mann (Jason Beghe), un
brillant intellectuel, est un sportif forcené. Au cours d'un jogging
matinal, il est renversé par une voiture. Le diagnostic du docteur John
Wiseman (Stanley Tucci) est terrible : malgré l'opération effectuée, la
tétraplégie est définitive. Tandis que sa compagne Linda Aikman (Janine
Turner) se console dans les bras du chirurgien, Allan revient
chez lui où sa mère, Dorothy (Joyce van Patten), a installé un système
élaboré de commandes vocales. Geoffrey Fisher (John Pankow), un ami qui
effectue des expérimentations sur les singes, a l'idée de former une
femelle susceptible de remplacer l'odieuse infirmière, Maryanne Hodges
(Christine Forrest), qui a été affectée au service d'Allan. La guenon
est confiée à Melanie Parker (Kate McNeil), spécialiste de ce type de
dressage. Très rapidement, l'animal est
opérationnel...
Trop souvent victime de délires où le grotesque le dispute à la bêtise,
le genre fantastique peut donner naissance à des oeuvres passionnantes,
tel ce film assez méconnu de Romero, le réalisateur de "la nuit des
morts vivants" (1968). Même si l'exactitude scientifique est mise à
mal, et pourrait faire sourire, l'intelligence du concept, du
traitement de l'angoisse, de l'évolution des deux "personnages"
principaux (Allan et la guenon !), est proprement envoûtante. Sans
jamais dériver vers le gore ou l'horrible, l'auteur nous entraîne dans
une vertigineuse plongée à l'intérieur de ce qui pourrait être l'état
primitif de l'homme : une manifestation à l'état brut de l'instinct
bestial, une réalisation fruste, irraisonnée, spontanée du désir,
dépouillé de tous les atermoiements et freins que des dizaines de
milliers d'années de "civilisation" progressive ont installés sur nos
appétits. La progression dramatique de la narration est encore
renforcée par l'étrange communication qui s'opère entre les deux
cerveaux. Le singe ressent les souhaits, les colères, les désespoirs
d'Allan et remplace celui-ci dans une action qu'il est incapable de
réaliser, tant physiquement que moralement. Tandis que le jeune homme
se sent descendre vers une manifestation douloureuse de ses instincts
sauvages originels, la guenon apprend à connaître ces sentiments que
l'évolution a générés en nous : la jalousie, l'exclusivité et la haine
consciente.
Très original, subtilement angoissant et "joué", qui plus est, à la
perfection par une actrice unique : la guenon au regard oppressant...
Bernard
Sellier