Une jeune fille de 17 ans,
Kay Connell, est morte après avoir été frappée violemment. Cela se
passe en Alaska, le pays où, durant plusieurs mois d'été, le soleil ne
se couche jamais. Deux inspecteurs de Los Angeles, Will Dormer (Al
Pacino) et Hap Eckhart (Martin Donovan), sont envoyés sur les lieux.
Ils sont accueillis par une jeune femme policier, Ellie Burr (Hilary
Swank), grande admiratrice des exploits de Dormer. Lors d'un guet-apens
destiné à piéger le tueur, Will tue accidentellement son coéquipier à
cause du brouillard. Il s'arrange pour que cette mort soit imputée au
criminel...
Cette oeuvre, à l'intrigue de base fort peu originale, se démarque
rapidement de ses consoeurs par plusieurs éléments dont la conjugaison
donne naissance à un jeu de pistes criminelles, et surtout
psychologiques, fort intéressant. C'est évidemment l'atmosphère qui, de
prime abord, retient l'attention. Glaciale, grisâtre, brumeuse, elle
donne l'impression de se trouver à des années-lumière des habituels
décors citadins, bruyants et crasseux. Ensuite, cette éternelle lumière
du jour, qui transforme Al Pacino, arborant déjà une physionomie
hébétée à son arrivée, en une sorte de zombie somnambule. Puis cette
relation, étrange, antinaturelle, entre les représentants de la dualité
: bien/mal. Mais, justement, rien n'est vraiment limpide dans ces
personnages dont les tempéraments sont constitués de strates plus ou
moins claires. Tout en ne dédaignant jamais le déroulement de
l'intrigue, le réalisateur s'enfonce de plus en plus dans une réflexion
sur l'intime conviction, sur la notion élastique d'intégrité, et sur
celle, non moins troublante, de culpabilité. Will ne dort pas pendant
plusieurs nuits. La faute à ce satané soleil qui refuse de se coucher,
bien sûr. Mais n'est-ce pas aussi parce que certains faits, passés
et/ou présents, le rongent ? Quant à Robin Williams, étonnamment sobre,
il campe un étrange individu, mélange de dangerosité élevée, de cynisme
et de décontraction élégante.
Pas d'esbroufe, pas de tape à l'oeil ou de clinquant (l'unique course
poursuite se fait sur des rondins flottants !), mais une ambiance
prenante et glauque qui s'imprègne profondément dans la mémoire.