Federico (Eusebio Poncela) est un homme
hyper-chanceux. Recueilli par le mystérieux Samuel (Max von Sydow), qui
dirige un casino, il est à son service pour des missions particulières.
Lorsqu'un joueur exagérément favorisé par le sort est remarqué à une
table, Federico s'approche de lui, le touche comme par accident. Le
résultat est immédiat : la chance tourne immédiatement ! Mais
aujourd'hui, Federico veut quitter son mentor. Celui-ci le prend fort
mal et, après lui avoir retiré son don, le fait rouer de coups par ses
sbires. Sept ans plus tard, Federico, agent d'assurances, est à la
recherche d'un homme aussi chanceux qu'il le fut jadis. Or, à la suite
d'un crash aérien, un rescapé, Tomás (Leonardo Sbaraglia),
est découvert. Indemne mais poursuivi par la police. Federico le
contacte et lui propose la liberté s'il entre à son service...
Voilà assurément une oeuvre profondément originale, dont on ressort
surpris, manipulé, heurté, voire bouleversé. Le point de départ, la
protection qu'apporte la chance à certains êtres élus, évoque vaguement
"Etat second" de Peter Weir. Mais le virage pris très rapidement par le
scénario nous engage sur une voie totalement différente. Nous plongeons
ici dans l'univers d'un jeu étonnant, dans lequel les personnages,
hiératiques et quasiment inhumains, se combattent à coups de
probabilités, de cartes distribuées par le destin. Mais il ne s'agit
pas seulement de loteries classiques, comme pourrait le laisser penser
l'ouverture de cette histoire, à la banalité trompeuse. Au fur et à
mesure que le récit développe ses méandres, le spectateur se voit
plongé dans une bataille de destinées, dans laquelle les vies
elles-même sont mises en jeu, celles des participants, mais aussi
celles de leurs proches !
Alors que tant de récits se contentent d'aligner des épisodes convenus
ou répétitifs, nous sommes, dans le cas présent, ballottés en
permanence dans l'inconnu, nous demandant à chaque nouvelle séquence
vers quelle création diabolique le réalisateur va entraîner notre
attente angoissée. Y a-t-il beaucoup de films dont les personnages,
sortes de vampires suceurs de chance, et presque aussi étrangers à
notre monde quotidien que les Aliens
du Nostromo, soient aussi intensément marqués par l'empreinte qu'ils
véhiculent ? Les décors eux-mêmes, parfois glacés, déserts (le casino
isolé dans son décor de montagnes nocturnes, et son sous-sol, véritable
dédale de salles bétonnées et vides sont impressionnants), inondés de
rouge, sont, eux aussi, marqués du sceau de l'originalité. Quant à la
construction dramatique, vicieuse, labyrinthique, parfois déroutante,
surtout dans les trente premières minutes où le spectateur est
quelquefois perdu, elle ne mérite que des éloges, conduisant à un final
aussi rusé que brillant.
Envoûtant et profondément jubilatoire ! A noter, qui plus est, une
musique en parfaite adéquation avec l'atmosphère ambiante.