Edmond Zuwanie (Earl
Cameron) dirige un Etat d'Afrique, le Matabo, d'une main de fer.
Plusieurs nations souhaitent qu'il soit traduit devant un tribunal
pénal international, pour génocide. Alors que Zuwanie vient de faire
savoir au Conseil de Sécurité des Nations Unies qu'il se présenterait
quelques jours plus tard pour exposer ses réformes démocratiques,
Silvia Broome (Nicole Kidman), jeune interprète possédant la double
nationalité Africaine et Américaine, entend, par hasard, quelques mots
au sujet d'un projet d'assassinat du Chef d'Etat. Deux agents, Tobin
Keller (Sean Penn) et Dot Woods (Catherine Keener), sont chargés
d'enquêter sur l'information qu'elle a transmise. Tout n'est pas aussi
simple qu'il y parait, puisque les parents de Silvia sont morts
lorsqu'elle avait douze ans, leur voiture ayant sauté sur une des mines
installées par Zuwanie. La jeune femme tente désespérément de joindre
son ami Philippe (Yvan Attal), reporter photographe dont elle est sans
nouvelles...
Sans être aussi éclectique que Ridley Scott, Sydney Pollack a cependant
abordé un nombre impressionnant de genres : western ("Jeremiah
Johnson"), fresques dramatiques et/ou romantiques ("Out of Africa", "Nos plus
belles années"...), policiers-thrillers ("Yakuza", "les 3 jours du
Condor"), ou comédies psycho-dramatiques ("Tootsie"). Nombre de ses
oeuvres ont marqué de leur empreinte le cinéma, et pourtant, même les
plus renommées ne m'ont jamais transporté d'enthousiasme. Celle-ci ne
changera pas la donne. Peut-être est-ce un excès d'attente, un
inconscient désir du "plus encore", toujours est-il que de cette
histoire, intrinsèquement passionnante, intelligente, sur la corruption
du pouvoir et le drame des populations massacrées par des dirigeants
ignobles, ne jaillit pas la virulence, l'incandescence, que l'on
pourrait en attendre. Pourtant les éléments positifs ne manquent pas.
Un tournage dans les locaux de l'ONU, qui pare l'ensemble d'une
crédibilité évidente, deux acteurs hautement charismatiques, quelques
séquences génératrices d'un suspense fiévreux, une machination à la
trame suffisamment retorse pour capter l'attention jusqu'au finale ...
Alors, d'où viennent cette insatisfaction chronique, cet intérêt mitigé
? Peut-être, parce que, malgré le talent de Nicole Kidman, les longs
plaidoyers qu'elle développe semblent plus écrits que vécus. Peut-être
parce que la confrontation finale entre Tobin et Silvia sent le
formatage habile. De menus détail, sans doute, qui n'empêchent pas
d'entrer dans la dramaturgie de la narration, mais ne permettent pas de
s'investir profondément, viscéralement, dans cette oeuvre, qui, par de
nombreux aspects formels, ressemble à beaucoup d'autres qui l'ont
précédée.
Bernard
Sellier