Jay
(Mark Rylance) est chef barman dans un pub. Divorcé de Susan (Susannah
Harker), il vit dans la solitude et le repli sur soi, excepté le
mercredi. Ce jour-là, régulièrement, une femme inconnue, Claire (Kerry
Fox) le rejoint dans son appartement. Ils font l'amour et se séparent
sans parler jusqu'au rendez-vous suivant. Un jour, Jay décide de suivre
Claire à son insu. Il découvre sa vie et ses errances.
La première moitié du film est extraordinaire. De tension interne, de
sauvagerie intime et acceptée, d'extraversion des corps par contraste
avec l'enfermement des personnalités. Les alternances de violence
irradiante et de replis intérieurs créent une authenticité et une
sympathie profondes envers ces personnages à la dérive dans lesquels on
devine une fêlure profonde et qui se cherchent désespérément un rayon
d'espoir ou de lumière à travers les jeux amoureux. On ressent avec une
acuité quasi douloureuse l'urgence de chaque geste, comme si
celui-ci pouvait être le dernier, devait impérativement être volé sur
la mort proche.
A partir du moment où Jay découvre progressivement la vie de Claire et
où le contact s'établit avec Andy (Timothy Spall), les tréfonds
psychanalytiques des différents protagonistes commencent à
s'embrouiller quelque peu et la tension change de registre. La violence
des mots remplace de plus en plus celle des corps et le spectateur se
perd dans le dédale des rapports pathologiques des couples légitime et
occasionnel.
Même si l'on ne peut pas réellement dire que l'oeuvre est globalement
déséquilibrée, tant la puissance narrative et la tension psychologique
imprègnent chaque plan, il n'en demeure pas moins que le spectateur se
sent, dans la seconde heure, passablement enlisé dans un
sable mouvant dont il a de la difficulté à s'extraire.
Si l'on ressort de cette vision profondément marqué, c'est avant tout
grâce à l'implication exceptionnelle des acteurs, Kerry Fox, Timothy
Spall, et, surtout, Mark Rylance, dont le jeu, tour à tour violent ou
intériorisé, atteint des sommets de concentration et de puissance
émotionnelle. Son regard perdu où se devinent toutes les souffrances
subies et les aspirations rêvées est inoubliable.
Il existe un certain nombre d'oeuvres dans lesquelles la performance
d'un ou plusieurs acteurs justifient à elle seule la vision, pour celui
qui n'est pas attiré par le scénario ou le genre. C'est le cas ici,
tout comme ça l'était pour Emily Watson, par exemple, dans "Breaking
the waves".