Miles Massey (George
Clooney), dents blanches, haleine fraîche, est un avocat redoutable,
spécialiste du droit matrimonial et, donc, du divorce. Il n'a,
jusqu'alors, jamais fréquenté la défaite. Son dernier exploit en date :
avoir réussi à mettre sur la paille le richissime Donovan Donaly
(Geoffrey Rush), dont la femme l'avait pourtant honteusement cocufié.
Chargé présentement de défendre Rex Rexroth (Edward Herrmann) , lors de
son divorce, il fait la connaissance de sa délicieuse épouse, Marylin
(Catherine Zeta-Jones), spécialisée, elle, dans le dépouillement de
conjoints...
L'un des frères
Coen (au mordant souvent sanguinaire... On se souvient du décapant et
sadique "Fargo") à la barre, un couple
prometteur dans une affiche somptueuse, un générique délicieusement
rose bonbon, parsemé d'angelots, un George Clooney dans l'incarnation
d'un requin, qui, dès les premières images, vérifie la blancheur de ses
incisives et canines dans tous les objets réfléchissants qui passent à
sa portée, une Marylin en mante religieuse qui suce avec un charme
divin la moelle de tous ceux qu'elle a capturés... Pas de doute, on se
dit que "ça va saigner" !
Fatale erreur ! Nous ne
quitterons pas, durant toute l'histoire, une narration pépère, un
scénario passablement prévisible, où l'on pourrait presque
sentir la sueur du concepteur, qui s'est échiné à tricoter des
péripéties vaguement tordues, des confrontations bateau, une suite de
faces à faces qui tiennent de la comédie routinière made in USA, et une
absence tant d'ambition que d'originalité, qui rend cette fresque d'une
pâleur de cire, que le clinquant de certaines séquences ne parvient
jamais à colorer. Il faut dire que l'ensemble tourne autour d'une seule
idée : le "contrat Massey", inattaquable, assurant à chacune des deux
parties la conservation de l'intégralité de ses biens, quelle que soit
l'issue du mariage. C'est tout de même assez rachitique, même si l'on
peut se délecter du décapage en règle des superficialités et fausses
valeurs du monde moderne. Alors, certes, quelques personnages
truculents, burlesques, font une apparition pour donner un soupçon de
piment à cette pantomime et rappeler que nous sommes dans le monde des
frères Coen : le vieux patron du cabinet d'avocats, sorte de
mort-vivant branché de partout, le magnat pétrolier aussi vulgaire que
déjanté (Billy Bob Thornton), le tueur à gages "Ventilo Joe" (Irwin
Keyes)... Mais nous sommes bien loin des juteux délires de "Fargo" et
leur intervention, ici, loin d'accroître le vent de folie, comme
c'était le cas précédemment, prend plutôt l'apparence d'un ajout
artificiel déplacé. Et le soufflé de ce vaudeville, pourtant alléchant,
retombe bien vite, ne laissant pas grands souvenirs une fois le
générique de fin disparu !