Annabelle
Wilson (Cate Blanchette) élève seule ses trois garçons dans la
petite ville américaine de Brixton. Son mari a été tué un an plus tôt
dans l'explosion de l'usine où il travaillait. Elle survit tant bien
que mal en faisant des consultations de voyance et en tirant les
cartes. Plusieurs personnes la consultent régulièrement : Valerie
Barksdale (Hilary Swank), régulièrement battue par son mari Donnie
(Keanu Reeves) ; le jeune mécanicien Buddy Cole (Giovanni Ribisi),
traumatisé par des souvenirs d'enfance mystérieux. Un jour, la police
fait appel à ses "dons" pour aider à retrouver une jeune femme
disparue, Jessica King (Kathie Holmes), qui devait épouser peu après
Wayne Collins (Greg Kinnear), responsable de l'école qui accueille les
enfants d'Annabelle...
Décidément, Cate Blanchett illumine toutes les oeuvres dans lesquelle
elle apparaît. Elle n'a pas la sensualité immédiate de Sharon Stone ou
de Demi Moore, le regard mutin et enjôleur de Meg Ryan, mais
ardeur, plénitude, fragilité, intensité dramatique sont
révélées par son visage presque ordinaire et ses yeux bleu clair ! Il
faut dire qu'elle est magnifiquement servie par un scénario
intelligent, fouillé, retors, qui fait la part belle aux émotions, aux
peurs, au suspense, aux rebondissements, mais n'oublie nullement la
personnalité profonde des êtres qui le peuplent.
Il est difficile de ne pas se sentir impliqué par cette jeune femme à
l'apparence fragile, humble, qui tente maladroitement d'aider les
autres. De cette fourmilière de pathologies diverses, émergent des
individus englués dans leurs souffrances, dans leurs non-exprimé, qui
n'ont rien du spectaculaire d'Hannibal Lecter, mais n'en existent pas
moins avec une profonde vérité émotionnelle. Wayne, Valérie, Donnie (
surprenant contre-emploi de Keanu Reeves que l'on a l'habitude de voir
dans des rôles bien proprets, lisses, bcbg, mais qui avait déjà donné
un vénéneux Don Juan dans "Beaucoup
de bruit pour rien"),
et, surtout, Buddy, dont Giovanni Ribisi offre une incarnation
inoubliable, sont tous peints avec sensibilité, vraisemblance, et
servent habilement une construction dramatique qui ne faiblit jamais.
Les fausses pistes sont judicieusement exploitées et le sensationnel ne
prend jamais le pas sur le drame humain. Les "visions" d'Annabelle ne
sont jamais surexploitées.
Un excellent thriller psychologique qui, loin de prendre les
spectateurs pour des robots avaleurs de machines horrifiques
préfabriquées, les attire avec maîtrise et humanité dans un drame
presque ordinaire.