Rémy (Rémy Girard), le mari
de Louise (Dorothée Berryman) est très gravement malade. Leur fils
Sébastien (Stephane Rousseau), spécialiste en finances pétrolifères
à Londres est appelé en urgence. Il arrive avec sa compagne Gaelle
(Marina Hands). Dépité de voir son père, avec lequel il n'entretenait
pratiquement aucun lien, mal soigné dans un hopital canadien, il lui
fait spécialement installer une chambre et contacte ses anciens amis,
Diane (Louise Portal), Dominique (Dominique Michel), Claude (Yves
Jacques). Pour éviter que son père ne souffre trop, il décide de
trouver un moyen d'acquérir de l'héroïne et, pour ce faire, rencontre
la fille de Diane, Nathalie (Marie Josée Croze), qui se drogue...
Lors de la sortie de ce film, qui avait fait couler beaucoup d'encre
lors de sa présentation à Cannes, j'ai parcouru quelques critiques sur
Internet. Certaines enthousiastes, d'autres virant carrément à
l'insulte ou au lynchage. C'était, par exemple le cas sur "Chronic
Art".
Je suis ressorti de la vision totalement stupéfait. Comment une oeuvre
aussi transparente et quasi anodine a-t-elle pu susciter des
commentaires aussi outranciers ? J'avoue ne pas comprendre du tout ces
emportements pro ou anti Arcand !
Je suis un admirateur inconditionnel du "Déclin
de l'Empire Américain". Il y a
dans ce film une humanité vivante et passionnelle qui, à travers les
caricatures et les dérapages verbaux, atteint l'émotion avec
simplicité et spontanéité. Les masques brillants, virils, détachés,
sont autant de cataplasmes masquant des souffrances profondes qui se
révèlent saignantes et pitoyables. Les joutes oratoires, les
déclamations dérisoires dans leur grandiloquence, composent un
soufflé truculent et jouissif qui s'effondre finalement dans une
détresse abyssale.
Ici, rien de tout cela. Certes, les protagonistes ont vieilli. Ils
tentent encore quelques rodomontades et jeux de mots bien crus, histoire
de se repeindre leurs heures de gloire sexuelle. Mais cela ressemble
beaucoup à une éruption post andro (ou méno) pausique passablement
factice. Autour de ce reliquat bien pauvre, on assiste : à une vague
histoire de réconciliation père-fils, assez peu convaincante, tant
l'aversion mutuelle semble parachutée artificiellement ; à l'angoisse
d'un homme qui a joui totalement de la vie en égoïste parfait, et se
retrouve confronté au grand départ, avec la désolante impression
d'une vacuité de son existence ; mais, là encore, toute cette valse
autour du mourant et les affres intellectuelles de celui-ci, laissent
relativement indifférent. Et finalement, c'est dans le personnage
de Sébastien et, surtout, dans celui de Nathalie, que l'on sent
émerger une émotion furtive. Dans les moments de communion qui
accompagnent la prise de drogue, naît entre la jeune femme et
Rémy, perdus tous deux dans une existence dont ils se sentent, de
manière différente, exclus, une complicité dans l'acceptation de la
vie et de la mort. Louise, qui était dans "Le
déclin de l'empire américain",
le pivot dramatique, perd ici toute couleur. Elle semble être devenue
une ombre belle et bonne qui a quasiment oublié les dérives sexuelles
de son mari. On découvre, par ci par là, quelques éclairs de
tendresse, mais l'impression fâcheuse que tout cela est préfabriqué,
calibré, demeure fâcheusement présente.
Que ce film ait eu le prix du scénario à Cannes et que le prix
d'interprétation ait été attribué à Marie Josée Croze, laisse
quand même rêveur ! Il est indéniable que son personnage est
relativement le plus intéressant. De là à attribuer une telle
récompense, il y a quand même un grand pas. Car le mot à retenir est
"relativement". En effet, on ne peut pas dire que les autres,
hormis peut-être Sébastien, éclaboussent le spectateur d'une aura brillante. Quant au
scénario, j'avoue être encore plus étonné ! Qu'y a-t-il de si
remarquable dans cette réunion pré-mortuaire alternant scènes
hospitalières et réunion amicales pour joyeux drilles décatis ? Pour
moi, il y a là un mystère présentement insoluble ! D'autant plus
que, bien qu'ignorant du domaine technique, la mise en scène ne me
paraisse pas relever particulièrement le plat !
Au final, une assez grosse déception.