Ordell Robbie (Samuel L.
Jackson) est un trafiquant d'armes, passionné par son métier. L'un de
ses "employés", Beaumont Livingston (Chris Tucker) s'étant fait pincer,
il s'empresse de le faire libérer par l'intermédiaire d'un prêteur de
cautions, Max Cherry (Robert Forster), afin de l'exécuter avant qu'il
ne livre des informations gênantes à la police. Peu après, Jackie Brown
(Pam Grier), hôtesse de l'air dans une minable compagnie aéronautique,
se fait pincer par deux inspecteurs, Mark Dargus (Michael Bowen) et Ray
Nicolette (Michael Keaton), avec cinquante mille dollars et un peu de
drogue dans son sac. Ordell la fait libérer de la même manière...
Si, dans le
récent "Kill Bill 1", Tarentino entre dans le
vif du (et des) sujet(s) sur les chapeaux de roues, il n'en est pas de
même ici ! Grand amateur de tirades, il nous gratifie d'abord d'un long
monologue de Robbie, vaguement écouté par un De Niro shooté à mort,
délicieusement taciturne, qui ferait passer pour expressive une boîte
de conserve. Puis l'intrigue se dessine avec une lenteur
impressionnante. Il faut dire que, à son habitude, le réalisateur
mitonne des péripéties qui ne sont pas d'une complexité monumentale. Ce
serait même plutôt le genre scénario timbre poste. Bien sûr,
l'atmosphère personnelle est présente par moments, le montage des
séquences permet de reconnaître la patte du maître : monde en vase
clos, personnages coupés d'un monde extérieur quasiment inexistant,
individus dont la présence presque superflue ne semble se justifier que
par un goût immodéré des facéties à l'insignifiance jubilatoire,
quelques rares beaux moments cinématographiques, comme cette caméra
virevoltant dans le centre commercial, qui évoque Brian de Palma à la
fin de "Obsession". Tout le monde veut arnaquer tout le monde
et cette valse comico-mortelle prend petit à petit une consistance
intrigante. Mais, tout de même, l'ensemble manque singulièrement de
rythme et, surtout, d'intérêt. Car, si le fan inconditionnel de
Tarentino peut, à la rigueur, se régaler des confrontations
excentriques entre les personnalités à visages multiples, le
spectateur moyen trouvera sans doute tout cela aussi traînant
qu'ennuyeux ! Manque de tension, de passion, de folie... Un passage à
vide, probablement...