Jean-Claude
(Patrick Chesnais) est huissier de justice. Il mène une vie terne de
célibataire, et sa seule distraction hebdomadaire est d'aller rendre
visite à son père (Georges Wilson), placé dans une maison de
retraite. Même l'arrivée de son fils Jean-Yves (Cyril Couton) dans
l'étude n'apporte aucune joie. Un jour, Jean-Claude décide de se rendre
à un cours de tango. Il y fait la connaissance de Françoise (Anne
Consigny), que sa mère gardait lorsqu'elle était petite fille...
Le scénario est d'une minceur extrême, le classicisme est roi,
le spectaculaire est aux abonnés absents, les dialogues sont
simplissimes, et pourtant c'est une petite merveille de grâce et
d'humanité que nous propose Stéphane Brizé. Ses personnages sont des
êtres fragiles, des losers, des aigris, des handicapés de la
communication, mais le récit les regarde évoluer dans leur mélasse
émotionnelle avec une tendresse indéfectible, sans jamais les
juger, les condamner, les rejeter. Bien plus, il sait dénicher en
chacun d'eux, même chez ceux qui paraissent avoir divinisé l'odieux (le
père de Jean-Claude), l'étincelle d'amour enfouie sous les
multiples couches de la rancoeur ou de la détresse. Jamais ennuyeuse,
toujours juste dans son approche psychologique, souvent charmeuse,
remarquablement équilibrée, l'histoire parvient même à réserver
des moments de drôlerie maîtrisée, en conservant un respect total pour
les individualités souffrantes qui la peuplent. Anne Consigny, toute en
élégance discrète, en charme naturel, forme avec Patrick Chesnais,
incarnation majuscule du quinquagénaire éteint, un couple hautement
improbable en théorie, et cependant chargé d'évidence. Au milieu du
désert affectif, professionnel, humain, balayé par un sirocco de
mélancolie et de résignation, s'élève une frêle et tendre oasis
d'espérance.
Sans rapport avec la qualité du film, un point peut être
discuté. Pour des personnalités aussi rigidifiées par les blessures
endurées, est-ce vraiment le tango, danse aux règles
particulièrement... rigides qui est susceptible de cautériser les
plaies ? La réponse s'impose d'elle-même. En revanche, la "Biodanse" se révèlerait particulièrement adaptée...
Bernard
Sellier