Aymé Pigrenet (Michel Blanc) dirige, avec son épouse Huguette (Agnès
Boury), une exploitation agricole dans la Drôme. Un court-circuit dans
la trayeuse d'occasion, et le pauvre Aymé se retrouve brusquement veuf
! Si le chagrin est aisément gérable, il n'en est pas de même pour le
problème matériel qui se pose : gérer seul les hectares et le cheptel.
Sur les conseils de son notaire, Aymé se décide à contacter la
directrice d'une agence matrimoniale. Etant donné que le besoin est
urgent, et que le coeur n'a pas une grosse place dans la quête, elle
conseille à son client d'aller en Roumanie et de ramener une des
innombrables jeunes filles qui rêvent d'intégrer les pays occidentaux.
C'est ainsi qu'Aymé fait la connaissance d'Elena (Medeea Marinescu)...
Pour son premier film en tant que réalisatrice, on ne peut que saluer
la réussite d'Isabelle Mergault. Bien sûr, le sujet n'est pas nouveau,
et nous retrouvons en Michel Blanc un clone rajeuni de Michel Serrault
dans ses incarnations de vieux bougon misanthrope. Bien sûr, la trame
est facilement prévisible. L'ours mal léché, qui confond Mozart et
Beethoven, ne voit pas plus loin que la limite de son champ ou la
taille de ses lapins, va, progressivement, être apprivoisé par une
délicieuse petite nymphe. Mais cette suite de scènes intimistes,
d'abord marquée par une acidité certaine, est dirigée ensuite avec un
flot de sensibilité et de tendresse qui réchauffent le coeur, tout en
égrenant un humour aussi simple que lucide, très éloigné des grosses
pochades qui composent la majeure partie de la production comique
française. Michel Blanc, moyennement crédible en agriculteur, aborde
son personnage avec subtilité, et se montre profondément touchant.
Quant à Elena, elle est véritablement, comme le lui dit Aymé, un
soleil, tour à tour brûlant, désespéré, impatiente de dévorer la vie.
La stylisation des personnages secondaires, parfois dommageable, ne
nuit pas ici au déroulement de l'histoire. Certains trouveront que tout
cela relève du sentimentalisme rose bonbon ou de la caricature
primaire. D'autres reconnaîtront que simplicité et légèreté forment une
agréable union avec délicatesse et romantisme.