Elise
"Lili" Tellier (Mélanie Laurent), 20 ans, vit dans la
banlieue parisienne avec son père, Paul (Kad Merad), sa mère, Isabelle
(Isabelle Renauld) et son frère jumeau, Loïc. Un jour, en revenant
d'un séjour en Espagne, elle apprend que ce dernier, à la suite d'une
violente dispute avec son père, a disparu sans donner de nouvelles.
Lili sombre peu à peu dans la dépression, refuse de s'alimenter. Mais
survient une carte de Loïc, adressée à sa soeur, lui affirmant qu'il
est fermement décicé à ne plus revoir sa famille, Paul en
particulier...
L'environnement de cette histoire (un pavillon impersonnel au milieu de
mille autres semblables dans un décor à la "Truman
Show", comme le dit Lili) est nettemoins moins
"accrocheur" et spectaculaire que l'océan sauvage de "L'équipier".
En revanche, côté matériau dramatique, thématique, et personnalités
des protagonistes, nous sommes sans conteste dans le monde
qu'affectionne Philippe Lioret. Celui des handicapés de la
communication, des êtres qui, par nature, ne savent, devant l'irruption
de tragédies majeures, qu'enfouir au plus profond d'eux-mêmes une
réalité considérée comme insoutenable. L'approche du réalisateur
est, fondamentalement, pessimiste à 100%, et ce n'est pas le
dénouement, empreint d'une clarté illusoire, qui se révèle
susceptible de remettre en cause cette évidence : la vérité ne
libère pas. Et c'est avec une émotion contenue mais intense que l'on
prend conscience que les deux jeunes, par leur acceptation du
non-révélé, se préparent un avenir semblable à celui de leurs
parents, c'est-à-dire un probable enfermement inconscient dans un cocon
hermétique et désespérément miné.
Comme à son habitude, c'est-à-dire avec une profonde tendresse, une
infinie délicatesse, une humanité permanente, sans débordements ni
heurts, Philippe Lioret nous invite à partager, tels des confidents
discrets, les instants de détresse, de désespoirs masqués ou
avérés, de joies brèves, que ses personnages expérimentent au fil de
leurs errements vivanciels.
Le personnage de la mère apparaît relativement terne, même si
l'approche narrative du réalisateur va toujours dans le sens de la
discrétion. En revanche, Paul, incarné avec une rare finesse par Kad
Merad, offre de subtiles variations entre les différentes composantes
psychologiques qui affleurent tour à tour à la surface : la façade du
"connard", enfoncé dans son trio mortifère : boulot, télé,
dodo; mais aussi le père affligé, souffrant, immature, qui cherche,
avec maladresse, le moyen de rendre quelques atomes de vie à lui-même
et à ceux qui
l'entourent. Quant à Mélanie Laurent, elle est miraculeuse de
justesse.
Certains adeptes de la rigueur scénaristique regretteront peut-être
que la tenue du suspense impose quelques ellipses ou approximations
narratives préjudiciables à la vraisemblance générale. Une bien
mince réserve, face à une oeuvre anti-spectaculaire au possible, mais d'une sobriété
poignante.